criTiQue 0046 : on devient ce qu'on mange

 







Salutations,


Je reviens avec de la grosse news pour ce début 2022 :
On a retrouvé Juliette Lewis !
Ce nom n’évoque sans doute pas grand-chose à tous ceux qui n’ont pas vécu leur adolescence pendant la dernière décennie du 20ème siècle, néanmoins, jugez plutôt : entre « les nerfs à vif » (Scorsese), « Gilbert Grape » (Hallström), « Tueurs nés » (Stone), « Strange Days » (Bigelow) et « Une nuit en enfer » (Rodriguez) ; je pense qu’on a conféré le statut de « culte » pour bien moins que ça !
Aaaaaah les glorieuses « nonante »….
Impossible d’y échapper ! Les années 90 sont tendance pour le moment, que ça vous plaise ou non ! D’ailleurs, en entendant « Hole » pour la énième fois, je me suis dit deux choses :

1) Je ne croyais pas que c’était possible, pourtant voilà : les références aux ‘nineties’ commencent à me gaver…
2) Je suis heureux pour Cobain : dans un juste retour des choses, sa femme est devenue encore plus cliché que lui pour illustrer la période…c’est toujours ça de pris…

Cependant ces considérations nous éloignent du sujet !
Sujet qui, au demeurant, n’est pas vraiment Juliette Lewis ; mais bien la série dans laquelle on l’a retrouvée : « Yellowjackets »

Et là vous vous dites : « Quoi ? Ça parle vêtement maintenant ici ? »
Bin non ! On va parler cuisine et football en fait !
En effet, on suit ici un groupe de jeunes filles qui se rend au championnat national de « Soccer » ; suite à un accident d’avion (attention, comme ‘Kal-El’ dirait, statistiquement parlant; cela reste toujours la manière la plus sûre de voyager !) elles sont obligées de changer de régime alimentaire…

Bon, en gros, ce résumé est correct, mais c’est bien entendu un peu plus subtil (et glauque) que ça.

Effectivement, à l’aide d’aller-retours du présent vers le passé, on nous présente une équipe de foot féminine qui semblait avoir tout pour réussir. L’histoire s’ouvre sur une journaliste qui, 25 ans après les faits, tente de comprendre ce qui est arrivé à ces collégiennes.

Et nous aussi d’ailleurs !

Rapidement on comprend que…quelque chose…s’est passé pendant ces longs mois où elles ont été livrées à elles-mêmes ; nonobstant, la journaliste n’obtient aucune réponse de ces survivantes bien décidées à laisser peu importe ce qui s’est passé derrière elles….
Quant au spectateur, il reçoit par à-coup des notions perturbantes de la vie qu’elles ont vécues pendant ces 19 mois qui ont manifestement fait ressortir les pires instincts chez certaines d’entre-elles !
C’est même le moins que l’on puisse dire : ces flashs rapides post-crash, entre « sa majesté des mouches » et « apocalypto » (alors que les passages avant le crash font plutôt penser à « Euphoria »), laissent même carrément présager un retour à l’état sauvage aussi sordide qu’intriguant.
Franchement... Ces jeunes ! Faut toujours qu'ils en fassent une tonne ! Que tu crèves de faim au point d’en venir au cannibalisme, passe encore ! Mais de là à t’habiller en peau de bête et traquer tes congénères pour les bouffer dans une sorte de rituel païen ; il y a tout de même des limites à ne pas franchir !

Plus sérieusement, ce qui est intéressant, c’est que cela donne une intrigue à trois niveaux (pour ceux qui ne suivent pas : avant le crash, les 19 mois de survie et leur vie après leur sauvetage) et chacune se nourrit (si vous me passez l’expression) de l’autre, donne un relief fascinant aux actions et aux paroles des protagonistes… Relief qui, idéalement, ne fera que prendre du volume jusqu’à en devenir vertigineux…
Car, s’il faut bien convenir que cette situation de décompensation psychique est presque hypnotique tant elle est extrême ; il est impératif de passer au-delà : pour que cette chronique soit aussi magnétique que tragique, il faudra bien que l’on s’attache aux personnages !
Mission accomplie ?
Globalement, oui Jean-Pierre !
Si on n’est pas irrémédiablement lié à ces footballeuses après la première heure, on est en tout cas suffisamment immergé dans leur vie (ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue) pour avoir la curiosité de continuer.

A ce propos, je ne peux que remarquer la justesse du casting de la version ‘jeune’ des personnages ! Chacune des actrices brille de subtilité et cela contribue grandement à l’envie de poursuivre cette série qui fait tout de même figure d’épouvantail dans le paysage formaté des productions récentes.
Et tant que j’y suis, puisque j’ai ouvert cette critique par un ‘qu’est-elle devenue ?’, je vais également la refermer comme cela…
Car le show est aussi l’occasion de retrouver Christina Ricci qui semble promise à un rôle captivant dans une histoire qui promet de l’être tout autant !



En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0045 : la messe est dite

 





Salutations,


Les raisons sont souvent un peu prosaïques, mais Il y a des gens comme ça qui vous énervent.
Prenez Mike Flanagan.
Perso, un type qui a assez de temps, d’inspiration et de talent pour écrire, réaliser, produire et éditer 3 séries en 3 ans (+ 2 films) ; je sais pas pour vous, mais pour moi qui ai à peine le temps de maintenir un blog, ça me prend carrément à rebrousse-poil !
 
Maintenant que j’ai terminé de vous forcer à être témoin de mon courroux somme toute injustifié, nous pouvons commencer :
 
Je disais donc que notre homme revient chaque année... Un peu comme le Beaujolais... Et son cru 2021 se nomme « Midnight mass ».
Et comme la vinasse que tout le monde aime détester (ou que tout le monde déteste aimer, c’est selon) on retrouve souvent les mêmes associations dans les créations de Mr Flanagan : une maison ‘hantée’, une famille avec des démons (souvent littéralement) et tout un tas de ‘jump scares’.
Comme de juste, la famille avec ses démons (j’ignore à ce moment si je dois l’utiliser littéralement) est encore de la partie cette année, néanmoins, c’est carrément tout un village qui semble être ‘hanté’ !
Bon, autant arrêter les frais : je ne vais pas pouvoir garder cette atmosphère de dédain plus longtemps...
La raison ? Ça ne serait tout simplement pas chrétien de ma part (et ceux qui me connaisse savent à quel point je m’efforce de refléter les valeurs de la chrétienté) de ne pas rendre justice au travail du showrunner qui a réussi ce que peu réussissent : trouver un équilibre parfait entre l’intime et l’épouvante.
Pour être tout à fait de bon compte, Flanagan essaie toujours de le faire, mais son succès est ici, à mon sens, total.
Comment a-t-il réussi ce miracle ?
C’est simple : il laisse ses personnages vivre leur vie !
Et là, vous vous dites certainement : « cette fois, c’est sûr, il a craqué son slip ! »
Laissez-moi vous rassurer, mon slip va bien ! 
Ce que je veux dire par là, c’est qu’on n’a, à aucun moment, l’impression que notre scénariste/réalisateur/éditeur/producteur (ou ‘SREP’) suit un cahier des charges.
Vous l’aurez remarqué (ou pas), c’est une expression que j’utilise quelques fois parce que je la trouve particulièrement adéquate pour une série : une histoire que doit se distiller dans un nombre donné d’étapes... Il faut vraiment avoir un plan à la ‘Hannibal Smith’ pour que ça marche ! MAIS (parce qu’il y a bien sûr un ‘mais’) la vraie magie, c’est quand on ne voit pas le truc, c’est quand les fils sont invisibles ; autrement dit, quand on ne voit pas trop facilement où les scénaristes cherchent à nous emmener scène après scène.
Voilà ce que le ‘SREP’ nous offre : un tour de magie, ni plus ni moins, Jean-Pierre !
Je sens que c’est toujours pas clair pour vous alors je vais arrêter mes âneries 3 minutes pour vous expliquer clairement.
Au lieu de sans cesse placer ses personnages en position pour recevoir leur dose de frayeur dans une surenchère vide d’émotions, le ‘SREP’ nous propose d’abord et avant tout l’exploration d’une petite communauté (127 habitants) vivant sur une petite île et en particulier d’une famille, les Flynn.
La série s’ouvre alors que l’ainé, Riley, provoque un accident en état d’ébriété. Il est condamné à 4 ans de prison et n’a d’autre choix en sortant que de revenir sur l’île où vivent encore son père pêcheur, sa mère et son jeune frère.
Vous n’allez quand même pas venir me dire que tout ça à l’air terrifiant !?
Non, et vous aurez raison !
 
Noah Hawley, le génial créateur de ‘Legion’, l’expliquait de manière limpide en parlant de la série qu’il est en train d’écrire avec, pour cadre, les ‘Alien’ de Ridley Scott :
« Enlevons l’alien de la série. De quoi parle la série ? Quels sont les thèmes, qui sont les personnages et quelle est l’aventure humaine ? Ensuite, on ramène les extraterrestres et on se dit : ‘C’est génial. Non seulement, il y a un grand drame humain, mais il y a aussi des extraterrestres !’ »

Flanagan s’est donc posé la bonne question : si on enlève l’horreur d’une histoire d’horreur...Que reste-t-il ?
Et en réponse, il a élaboré une narration qui se dessine à travers les pathos familiaux et relationnels d’un bled où tout le monde connaît tout le monde pour mieux y introduire un mystérieux prêtre dont l’arrivée (et les phénomènes inexplicables qui suivent) bouleverse la vie de cette communauté dévote.
Servie dans cet écrin, l’épouvante prend un relief particulier ; elle se met au service d’une histoire où la surprise vient des émotions qui sont distillées au détour de scènes qui paraissent d’abord banales avant de se révéler d’une délicatesse aussi subtile que bouleversante.
Un peu à la manière dont le faisait Damon Lindelof dans ‘Leftovers’ (qui, coïncidence, baignait également dans un climat religieux), et comme je le disais lourdement un peu plus haut, le ‘SREP’ semble se contenter de laisser ses personnages respirer, leur autorisant ainsi des moments d’épiphanie presque écrasant de justesse... Mais l’angoisse n’est pourtant jamais loin, elle monte lentement dans un crescendo destiné à se terminer en apothéose...
 
Particulièrement pour cette série, je ne vais pas déroger à ma coutume et parler un peu du cast :
Flanagan rassemble certains de ses habitués et ils sont admirablement bien utilisés ! 
Kate Siegel (son épouse dans le civil) est bien entendu présente et compose un personnage qui, comme d’habitude, est tout en nuances ; alors que Henry Thomas (éternel ‘Elliot’ dans ‘ET’) est tout simplement méconnaissable en père désabusé par l’homicide involontaire commis par son fils.
Les fans de la dernière heure de ‘X-Files’ reconnaitront également Annabeth Gish tandis que ceux de ‘Battlestar Galactica’ pourront se réjouir de retrouver Michael Trucco dans le rôle du maire affable de cette petite ville.
Je pourrais en citer d’autres tant le casting fait un job impeccable (notamment Rahul Kohli et Samantha Sloyan...sans oublier la délicieuse Carla Gugino) mais je vais me concentrer sur les deux ‘MVP’ de la série :
Zach Gilford tout d’abord, particulièrement touchant dans le rôle du paria de retour de prison et Hamish Linklater (déjà excellent dans la série susmentionnée ‘Legion’) tout simplement magnétique dans le rôle d’un prêtre mystique.
 
Décidément, cette fin 2021 me réserve de bien belles surprises et c’est donc de ma quatrième série coup de cœur de cette automne de critique que je viens de vous parler !(les autres étant, je le rappelle: 'Heels', 'Brand new cherry flavor' et 'The wheel of time'
Un équilibre parfait entre émotion et mystère servi par des acteurs impeccables...N’en jetez plus, la messe est dite !


En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0044 : la roue tourne







Salutations,


On peut dire ce qu’on veut sur ‘Game of Thrones’, mais on ne pourra jamais lui retirer le mérite d’avoir popularisé « l’heroic fantasy »  à la télévision !
De fait, à tort ou à raison (mais surtout à tort), c’est devenu difficile aujourd’hui de parler d’une nouvelle série se revendiquant du genre sans mesurer si elle a l’étoffe d’en être la digne succession.
Enfin ça, c’est pour la plupart…
Dans mon salon, dans ce cas précis ; on a plutôt tendance à se servir de Tolkien comme mesure de grandeur…Chacun son étalon...
De ce point de vue « The Wheel of Time » se prête particulièrement bien au jeu tant on part sur des bases similaires :
-Le(s) protagonistes(s) à la vie sans histoire qui se révèlent avoir potentiellement un destin de saveur.
-Un personnage au pouvoir magique qui vient les sortir de cette vie.
-Une force maléfique sur le point de se réveiller.
-Un monde vaste qui a une mythologie propre.
 
Cette formule éprouvée a maintes fois étalé son efficacité sur un nombre incalculable de pages. Néanmoins, elle a rarement trouvé des lettres de noblesse à la télévision !
En effet, à part ‘Game of Thrones’, donc, et sans oublier ‘Kaamelott’, aucune série n’a pu s’inscrire avec qualité dans la durée. 
Les raisons sont à la fois évidentes et subtiles : ce genre d’histoires, souvent tentaculaires dans leur déroulement tout en nécessitant une constante exposition d’informations, se prêtent beaucoup mieux à la littérature ; et pour reprendre les deux exemples cités, ce n’est qu’en s’appuyant sur des concepts télévisuels forts (la violence/sexualité graphique pour l’un et l’humour décalé pour l’autre) qu’ils ont réussis à s’imposer comme référence du genre.
La difficulté de la tâche est incontestable : transcrire toute la richesse et la complexité d’un monde totalement fictif dans le nombre prédéterminé de cases que constituent les épisodes… 
J’en touchais d’ailleurs un mot lors de ma critique sur ‘Foundation’ : la balance entre introduction (personnages, histoire, enjeux), les fonctions narratives (action, romances, tragédies) et les moyens pour y arriver (réalisation, production, bande son) doit être la meilleure possible ; et dans les premiers épisodes, elle doit idéalement tendre vers la perfection !
 
Alors est-ce que cette ‘roue du temps’ tourne comme il faut ?
Tout à fait Jean-Pierre !
Et après les trois épisodes mis à disposition sur ‘Amazon Prime’, elle ne semble pas prête à s’arrêter…
La clé de cette révolution efficiente ?
Le momentum pardi !
(Vous pouvez respirer, j’ai épuisé ma réserve de jeux de mots foireux !)
Mais mauvaise blague à part, le momentum est effectivement le facteur déterminant pour expliquer la qualité de ce début de saison : après une mise en place indispensable, la tension ne retombe plus ! On ressent en permanence l’urgence de la véritable course poursuite qui a été engagée avec ce groupe de héros potentiels pris en chasse par un ennemi dont on n’a pas trainé à exhiber la laideur et la létalité.
En parlant de ce groupe, quelques mots sur les acteurs qui sont peut-être le seul bémol de cette adaptation :
Rien de vraiment catastrophique (à part peut-être dans le chef de Josha Stradowski, qui pousse sa ressemblance avec Hayden Christensen jusqu’au plagiat de son cabotinage) mais on n’atteint pas des niveaux de subtilité digne des moyens déployés en terme de production… Pour le moment, Rosamund Pike, qui en impose par sa seule présence et Abdul Salis, qui fait un peu beaucoup froid dans le dos dans un rôle d’inquisiteur malaisant ; sont les seuls qui arrivent à offrir un travail intéressant sur leur personnage.
Mais ne laissez pas cette peccadille vous refroidir car, comme suggéré plus haut, ‘The Wheel of Time’ est arrivé à trouver une balance très juste entre ce qui fait une bonne saga littéraire et un bon show télévisé : entre exposition et tension, entre mystère et émerveillement ; les épisodes présentent une densité assez impressionnante.
Bien sûr, pas de secret : pour toutes ses qualités, la série a tout de même besoin que vous ne soyez pas hermétique au genre! Néanmoins, à mon sens, c’est le seul prérequis pour apprécier une histoire pour laquelle l’enchainement immédiat de tous les épisodes disponibles était une évidence qui n’a pas nécessité la moindre réflexion chez moi !
C’est tout simplement (avec ‘Heels’ et 'Brand new cherry flavor') un de mes coups de cœur de cette automne 2021 !


En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0043 : une famille en or

 


Pré scriptum : je l’ai dit et je le redis : on est entre personnes civilisées dans mon salon ! Il convient donc de se plier aux convenances et de lancer la désormais consacrée ‘SPOILER ALERT’ !




Salutations,

 

 


Nous avons tous déjà vécu ce repas de famille où, tout à coup, quelqu’un lâche LE sujet qui fâche, vous savez, ce moment où, par exemple, la copine influenceuse de ton cousin youtuber se lance dans sa tirade antivax ? Plus de retour en arrière après ça : certains prennent parti, d’autres laissent passer l’orage ; mais l’ambiance n’en reste pas moins durablement plombée.
En repensant à ces moments traumatisants, vous vous demandez probablement ce qui se passerait si, un jour, une famille où les membres ont tous des superpouvoirs devait se déchirer sur un sujet épineux ?
Eh bien vous pouvez arrêter de vous le demander, car non seulement Marvel a la réponse ; mais en plus, ils en ont fait un film de 2h37 qui s’appelle « Les éternels » !
 
Bon, il faut en convenir, alors que ta famille et toi vous n’êtes pas capables de vous mettre d’accord sur le port du masque, les ‘éternels’, eux, ils ont des sujets un chouïa plus technique à débattre : ça cause quand même survie de l’espèce humaine à la table des demi-dieux !
 
Mais redevenons sérieux, l’air de rien, il s’agit d’un débat important !
 
En effet, Disney introduit ici dans son ‘Marvel Cinematic Universe’ (‘MCU’ pour les intimes) une production plus atypique qu’il n’y parait :
Premièrement, vous l’aurez remarquez, je me suis bien gardé de dire qu’il s’agissait d’une histoire de super-héros !
Car si ‘les éternels’ ont bien des superpouvoirs, ils sont très loin d’être des super-héros…En fait, ils ne sont même pas des héros ! 
Quoi ? Un film Marvel sans (super)héros ???
Oui Madame !
Ce groupe de BG sont les émissaires d’un ‘céleste’ (à qui, puisque qu’il est le créateur de la lumière et de la vie, on va attribuer le titre bien classe de ‘dieu’)
Mais pourquoi ce dieu créateur nous envoie-t-il des émissaires ?
Pour nous sauver ? BIIIIIP ! Nope ! Essayez encore !
Pour nous livrer la bonne parole de ‘dieu’ ? BIIIIP ! Encore raté !
Allez, puisque vous séchez, je vous file la réponse : nos demi-dieux arrivent sur terre pour nous guider gentiment vers le Progrès (avec un grand ‘P’) tout ça en nous évitant de nous faire dévorer par une autre race de demi-dieux ! (moins stylée, certes, mais divine quand même)
Ils ne reçoivent qu’une et une seule consigne d’Arishem (le dieu susmentionné) : ne pas intervenir en faveur de l’espèce humaine ! Et ce, quelle que soit la menace… A part s’il s’agit de ‘Déviants’ ! (l’autre race de demi-dieux)
Comme je le disais, ce n’est pas très héroïque de nous laisser comme ça nous dépatouiller avec tous nos problèmes alors qu’ils pourraient tout régler en 2-2 ! Mais bon, les disciples d’Arishem sont des bons croyants à l’obéissance sans faille et, franchement, ce serait limite de chicaner alors qu’ils sont déjà clairement sur de la bonne grosse mission : ça leur prend carrément 6500 ans avant qu’ils décrètent qu’ils ont fait le taf ! On ne peut pas leur enlever ; ils ont le goût de la chose bien faite !
 
Et après ? Bin… ils décident de vivre chacun leur petite vie jusqu’à ce qu’Arishem siffle après eux pour qu’ils reviennent à la niche : certains décident de s’isoler pendant que d’autres se mêlent aux humains.
Et c’est là que tout dérape…
Car quand, 500 ans plus tard, tout ce beau monde se retrouve ; plus personne n’est vraiment sur la même longueur d’onde ! Ce qui est tout de même embêtant vu qu’ils se retrouvent parce que ‘l’émergence’ est sur le point de se produire.
...’l’émergence’...qu’est-ce que ça peut bien être ?
(Il faut le lire avec la voix de Gérard Darmon)
Pour faire court, une ‘émergence’, c’est quand un ‘céleste’ se crée à partir de l’énergie d’une planète...et ne me demandez pas pourquoi (je ne me souviens plus) mais cette énergie ne peut être générée si et seulement si la dite planète est bien achalandée en habitant...
Patatras ! Nos demi-dieux découvrent donc qu’ils sont en fait le niveau ultime de l’agriculteur et qu’ils ont passé 7000 ans à nous faire pousser pour nous donner en pâture à un gros bestiau (un nouveau ‘céleste’ donc) pour que celui-ci puisse créer d’innombrables nouveaux mondes...
Voilà donc nos agriculteurs divins obligés d’avoir, comme toutes les familles, une conversation sur un sujet épineux !
Alors, je vous rassure, au fond du fond, leur sujet épineux est aussi vain et creux que les nôtres : A-t-on le droit de sacrifier des milliards de vies pour que des quintillions d’autres puissent émerger ?
Vous le comprendrez donc, ce n’est pas tant le débat en lui-même qui est intéressant : ce qui m’a interpellé, c’est que ce colloque aux possibles conséquences génocidaires se passe sans que l’on ne tombe jamais réellement dans la dichotomie : ‘Good vs Evil’ .
Au pire, on pourrait taxer certains de dévots et d’autres de stupides, mais si des atrocités sont bel et bien commises ; elles ne le sont pas par illusion de grandeur ou par trahison d’un idéal : car dominer ou sauver des vies (les nôtres en l’occurrence) ne fait purement et simplement pas résonner quoi que ce soit en eux.
C’est une sensation tout à fait particulière de regarder ce Marvel aux protagonistes quasi divins qui tergiversent à faire ce qu’on attend d’eux (nous sauver) et qui nous le présente de manière à nous faire dire que personne n’a foncièrement tord dans cette histoire où ils pourraient tout à fait nous laisser mourir. 
Si le ‘MCU’ devient nihiliste, alors je ne réponds plus de rien !
 
Toutefois, vous pouvez être rassurés, les 500 années passées parmi les humains ont tout de même éveillé chez certains de ces ‘éternels’ un amour et une admiration inconditionnels pour l’humanité et cette affection les pousse à renoncer à leur dévotion pour Arishem...Il fallait bien qu’on retombe à un moment ou un autre dans le cousu fil blanc ; et, malheureusement, il n’y a rien de très bon à dire de ce côté : entre inconsistance et redondance, le film est au mieux maladroit, au pire ennuyeux...
Maladroit, parce qu’au bout des 157 minutes, on n’a pas le sentiment d’être arrivé quelque part avec cette histoire ; ni à sa fin, ni au commencement d’une autre...On reste juste avec une impression d’inachevé.
Et, au final, ennuyeux car le film, pour toutes ses ambitions, oublie d’être surtout et avant tout un divertissement ; alors qu’il fait partie intégrante d’une saga qui se définit sans conteste comme telle.
 
L’idée de porter à l’écran ces demi-dieux devenus légendes vivantes de nos mythologies pour en faire des possibles spectateurs de notre trépas était réellement ambitieuse et Chloé Zhao (je m’en serais voulu de ne pas le mentionner) nous livre des images absolument sublimes, mais cela ne suffit pas à donner à ce 26ème chapitre du ‘MCU’ le souffle épique dont il avait besoin pour s’élever au-dessus de la mêlée.

 


 

En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0042 : faute avouée...

 



Salutations,


J’en parlais dans ma dernière critique (à propos des "4400"): les ‘revivals’ font tant et si bien partie du paysage télévisuel que le côté évènementiel de l’exercice en est devenu pratiquement inexistant. J’irais même jusqu’à dire que leurs annonces sont souvent reçues avec une méfiance à peine voilée.
Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas être naïf : pour Mr Streamy, ces retours sont souvent le prétexte pour palper des liasses de billets supplémentaires ! Mais ne soyons pas cyniques non plus : il arrive quelques fois que cette envie de brasser toujours plus d’argent rencontre des aspirations artistiques. (il ne viendrait, par exemple, à l’idée de personne de contester que David Lynch est revenu vers ‘Twin Peaks’ pour la simple et bonne raison que cela excitait sa créativité…)

Ce qui m’amène donc à Dexter…

…Dexter, Dexter, Dexter… (Imaginez moi en train de secouer la tête en soupirant, bien en peine d’imaginer ce que je vais bien pouvoir faire du sacripant…)
J’ai beau être un animal bizarre (comme confessé lors de la 'lluBiE' consacrée à la fin de "How I met your mother"), néanmoins, comme tout un chacun ; je n’ai pu que constater le désastre industriel qu’était devenu « Dexter » à la fin de sa huitième saison !

(Petite parenthèse) Il se trouve que j’ai retrouvé il n’y a pas très longtemps les notes que j’avais prises (en 2013, donc à la faveur d’une de mes premières tentatives de trouver le courage/le temps de reprendre ce blog…) pour en faire la critique (qui devait s’appeler «tête de bois ») … le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’étais pas content ! J’y viendrai un peu plus tard… (Fin de la parenthèse)

Bon, je ne vais pas faire des airs : Dexter, c’est LA star de mon ‘salon’ : voici la quatrième fois que j’en parle ! (et ça aurait pu être la cinquième si, comme précisé un peu plus haut, j’étais allé au bout de mon impulsion…)
En effet, (alerte ‘auto-promo’) après un texte consacré au personnage titulaire (‘lluBiE 0003 : ayez pitié de lui’), j’avais chroniqué le début et la fin de la 5ème (avec la ‘criTiQue 0009 : quel est son secret ?’ et la ‘criTiQue 0026 : l’amour du risque’) (fin d’alerte ‘auto-promo’).
Si vous ne vous sentez pas d’aller lire tout ça (on a, pour la plupart, toujours mieux à faire que d’aller lire des avis qui datent de 10 ans), je vais vous mâcher la conclusion : on parle ici d’une de mes séries cultes !
Ceci étant dit, rendez-vous sur n’importe quel moteur de recherche, tapez ‘les dix pires fins de série’ et vous tomberez immanquablement sur ‘Dexter’... A raison ! (Tant qu’on est sur le sujet, vous tomberez tout aussi surement sur ‘LOST’... Non seulement je suis fatigué d’expliquer à quel point c’est loin de la vérité mais, en plus, j’ai tout un LOSTathlon qui atteste pourquoi !)
A raison, disais-je, car ‘Dexter’ était bien loin de ses fondamentaux quand elle s’est achévée...
Je m’explique (rapidemment) : personnellement, ce n’est pas le fait qu’il s’exile de Miami sans faire face à ses crimes qui m’a dérangé...au fond, je dirais même que cette dernière scène où il fixait la caméra, complètement silencieux, transmettait très efficacement la detresse qu’il ressentait.
Non, ce qui était réellement problématique, c’était cette manière dont la dernière saison avait réussi à complètement ignorer ce qui ne pouvait pas l’être : la conclusion du cheminement de Dexter (je reste succinct car ce n’est pas vraiment le sujet, si vous voulez étayer sur ce cheminement, je ne peux que vous réinviter à vous diriger ici)

Toutefois, maintenant que j’y pense, ce moment de silence inconfortable à la fin de la saison 8 perdure quand on commence cette nouvelle saison. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus frappé en regardant le premier épisode de ce qu’il convient d’appeler une ‘limited season’ (c’est une continuation, sensée rester un ‘one-shot’, et elle n’a pas reçue l’appellation de saison 9) : on a toujours pas accès au monologue interne de Dexter.
On ne sait pas ce qu’il pense et ça laisse une forte impression : on dirait qu’il est mort à l’intérieur !
C’était très certainement le but et il est largement atteint... Premier point pour vous Mr Phillips !
Oui, car il convient de préciser ici que Clyde Phillips, showrunner des quatre premières saisons, est revenu pour diriger cet ultime effort de donner une fin digne de ce nom à la série. Je ne peux que me réjouir de ce choix, car s'il y a bien quelqu’un qui pouvait y arriver, c’est l’homme qui nous a donné ce sommet de télévision que constituait le dernier épisode de la saison 4 !
Mais qu’est donc devenu Dexter pendant les dix ans où on l’a quitté ?
Il habite le village paumé (et fictif) de ‘Iron Lake’ dans l’état de New York et travaille dans une boutique de vente d’armes. Il a une petite amie et est apprécié de cette petite communauté où il a réussi a parfaitement s’intégrer.
Mais il faut aller au-delà de ces apparences pour comprendre à quel point Dex (ou Jim comme il se fait appeler) a changé.
C’est un tueur qui est toujours en train de faire pénitence que nous retrouvons : conscient que son mode de vie est directement responsable de la mort (ou de la fuite du pays) de tout ceux qu’il chérissait (sa sœur Debra, son fils Harrison et sa petite amie Hannah), il a réussi à tenir ses pulsions meurtrières en respect pendant toute cette décennie.

Tout ses efforts vont s’écrouler à cause d’un cerf.

Bon je sais que ça parait un peu léger comme raison, mais je vous assure que c’est un magnifique cerf, blanc comme la neige, majestueux comme une forêt…tout le tremblement ! Bref, pas le genre d’animal qu’on a envie de voir se faire buter gratuitement par un gosse de riche à tendance psychopathe.
C’est pourtant bien ce qui se passe et alors que la patience de Dexter est dangereusement testée tout au long de cet épisode, l’incident est la minuscule goutte d’eau qui fait déborder le vase de son abstinence : le susmentionné gosse de riche sur retrouve sur la table de Dexter…
C’est alors qu’on atteint le point culminant de ce premier chapitre : son monologue interne fait son retour !
Et là, je dois vraiment rendre hommage à Michael C. Hall que je trouvais en demi-teinte jusque là avant de me rendre compte que c'était à dessein : il vend la transition avec une maestria presque surnaturelle ! Son personnage semble littéralement revivre à cet instant, comme si un interrupteur avait été actionné dans une sombre pièce pleine de toile d’araignées dans un coin reculé de sa caboche.

L’autre bonne idée de ce retour, c’est le changement de ‘compagnon sombre’ : alors que son père adoptif, Harry, jouait ce rôle de conscience personnifiée dans les 8 premières saisons ; on découvre que sa sœur Debra a élu domicile dans l’inconscient du tueur.
Cette nouvelle dynamique est bien évidemment symptomatique de l’état d’esprit de Dexter : Harry personnifiait son besoin de ne pas se faire attraper, il donnait conseils et avertissements à cette fin. Deb’, quant à elle, incarne le désir de ne plus voir les gens qu’il aime souffrir de ses agissements ; et le test est intense dans cet épisode, puisque le fils de Dex le retrouve.
Sous le conseil de son ‘compagnon sombre’, il remballe sa progéniture et l’affaire semble alors entendue…Fin de l’histoire ?
Non bien sûr, car le cerf blanc et le gosse de riche passent par là et viennent tout chambouler ! Dexter se réapproprie son identité, non seulement de tueur mais aussi de père : Il empêche son fils de partir et l’histoire ne fait alors que commencer…

Alors retour réussi ou pas ?
Même si on est clairement sur une reprise réfléchie et assumée comme une mission de faire mieux que ce qui avait été proposé comme FIN, impossible de répondre après ce premier épisode qui propose néanmoins des choses intéressantes.
En ce qui me concerne, il justifie à tout le moins qu’on laisse une chance à cette saison où l’on se dirige pourtant vers le schéma classique ‘une enquête sur le meurtre qu’il a commis va donner chaud aux fesses de notre anti-héros alors qu’un autre tueur semble sévir.’
De fait, ce n’est pas dans cette ligne directrice souvent revisitée par la série que se trouvera l’éventuelle pertinence de ce ‘come back’, il faudra attendre la toute fin pour savoir si cette ‘limited season’ est capable de donner, enfin, une conclusion digne de ce nom à l’un des personnages télé les plus fascinants de ces 20 dernières années.
Cela pourrait s’avérer à double tranchant tant la promesse d’une apothéose, tant par les idées et personnages introduits que par les enjeux qu’ils supposent, a clairement été proférée.

Mais ‘Dexter’ mérite sans conteste sa seconde chance… Ne dit-on pas : « faute avouée, à moitié pardonnée » ?



En vous remerciant, bonsoir !