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lluBiE 0011 : l’insoutenable légèreté de l'être









Salutations,



Il y a des choses dans la vie qui sont difficiles à assumer.

Personnellement, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui pensait que c’était une bonne idée de déclarer fièrement qu’il possédait un compact disque des ‘Spice Girls’ ou qu’il connaissait par cœur ‘sensualité’ à un moment de son existence (toute ressemblance avec une personne existant ou ayant existé serait purement fortuite)… C’est pourtant une vérité immuable : on traine tous des petits coups de cœur honteux, souvenirs d’une vie antérieure que l’on n’arrive plus à connecter à nous-mêmes...

Et puis, il y aussi les plaisirs coupables ; les choses dont la popularité est tellement énorme qu’on a un peu honte de grossir les rangs de ceux qui se pâment devant ce qui a été identifié, à tort ou à raison, comme ‘cliché’.
De ce point de vue, et sans avoir l’air d’y toucher, parler d’« Euphoria », c’est exactement le même que de lancer bravement dans une conversation que l’on adore « Le cercle des poètes disparus »…
Vous vous rappelez ? Une dizaine d’ados dans les années 50 qui, n’écoutant que leur courage, se mettent debout sur leur banc d’école pour montrer à leur professeur déchu qu’ils ont l’intention de continuer à « cueillir le jour présent », et ce, malgré le traumatisant suicide de leur camarade de classe ne pouvant supporter d’être interdit par son père de jouer du théâtre…
Voilà, c’est ça, ce film-là !
Sérieux, même ceux qui n’ont pas vu le film connaissent la fin du ‘cercle des poètes’ : « Oh capitaine, mon capitaine ! »
(…Excusez mes larmes, c’était trop d’émotion d’un coup…)
C’en est presque écœurant tellement c’est mielleux…Et c’est grandiose !
Pourquoi ?
Je suis fatigué de me répéter, Jean-Pierre : dans toute fiction, plus le travail sur les personnages est réussi, plus l’émotion que l’on veut projeter (le rire, le drame, la peur,…) va faire son office !
N’en déplaise à certains, c’est sans aucun doute le cas pour le film de Peter Weir (1989… Yep, vous avez bien lu : le long-métrage les 35 ans !)
On a passé du temps avec eux, apprenant à connaître leurs failles, leurs espoirs et, surtout, leur envie d’émancipation de valeurs qui les oppressent… De fait, quand à la fin, après avoir été témoin de leurs petites victoires face à cette société qui veut leur imposer ses normes et les avoir vu subir un rappel brutal de son emprise sur leur vie ; ils nous montrent qu’ils ont irrémédiablement changé…
Il devient alors difficile (voir impossible) de ne pas être ému par ce « Oh capitaine, mon capitaine ! » (Pour citer un exemple : ma fille, qui avait 12 ans à l’époque, a regardé le film avec un ennui relatif mais a immanquablement trouvé la fin puissante)

Revenons à « Euphoria »
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la série ‘HBO’ fait parler d’elle…et pas toujours en bon terme. (J’entends par là, en terme qui soit exact, d’où ce billet : si je ne rétablis pas la vérité, qui le fera ?)
La concomitance entre son énorme popularité, et la manière dont elle est réduite à ses aspects les plus sulfureux ; tout comme ‘poètes disparus’ en est souvent réduit à être décrit comme une histoire doucereuse avec Robin Williams, confère donc aux deux le titre réducteur de ‘plaisir coupable’ : un intérêt dont on se passe volontiers de parler (surtout si on a plus de 40 ans) sous peine de voir son interlocuteur rouler des yeux…
Cependant, il y une (autre) connexion évidente (même en prenant en considération les différences fondamentales entre 1959 et 2018) entre ce duo improbable (attention, je vais enfoncer une porte ouverte !) : leurs protagonistes respectifs sont à la recherche de leur identité.

Ce qui m’amène au sujet de cette ‘lluBiE’…

La chose que j’entends le plus autour de moi quand la série est évoquée, c’est : « c’est cliché à moooort ! »

Voyons : c’est l’histoire d’une addict aux drogues qui tombe amoureuse d’une fille transgenre et dont le groupe d’amis est composé d’une fille timide éclipsée par sa sœur, d’une pom-pom girl qui doit gérer les retombées de la diffusion de photos d’elle dénudée, d’une autre pom-pom qui sort ‘on and off’ avec le quaterback star du lycée, d’un revendeur de drogue et d’une fille ‘plus size’ qui va découvrir son pouvoir de séduction sur internet…

Bon, ok, difficile de conclure autrement : plus cliché, tu meurs !

Alors qu’est ce qui a fait d’« Euphoria » une de mes séries préférées ? (dans mon top 10 ? Ce n’est pas impossible !)

Il y a
trois raisons à cela, Jean-Pierre :

(1) C’est presque élémentaire (ou ça devrait l’être en tout cas) : Sam Levinson (le fils de l’autre Levinson) le créateur-producteur-scénariste-réalisateur de cette série, utilise avec talent l’arme la plus puissante en matière de storytelling : le respect.
Je sais, dit comme ça, ça parait un peu con, genre : ‘Le gars, il respecte carrément ses personnages ?? Waaaaw !’
Pourtant, ça fait toute la différence ; car il les respecte malgré ce qu’ils sont…et ce n’est pas une mince affaire pour certains d’entre eux…
Le résultat ? Relativement rapidement (cela dépendra de votre sensibilité), vous oublierez que vous regardez une cheerleader ou une personne transgenre, un dealer ou un jock, un infidèle compulsif ou une poivrote ; c’est presque du ‘satisfait ou remboursé’ : vous arrêterez tout simplement de prendre ces stéréotypes en compte.
Ce que vous allez voir à la place, ce sont des portraits d’êtres humains qui dépassent largement le cadre des clichés qu’ils véhiculent : Levinson traite tous ses protagonistes avec une empathie sans réserve, et cette empathie finit par traverser l’écran pour nous remplir, nous habiter.

Mais comment fait-il, Madame ?

Là aussi, la réponse est censée couler de source (c’est pourtant loin d’être toujours le cas) : au fil des épisodes, des saisons ; il donne corps à ces chimères, il leur donne des nuances, des couches supplémentaires qu’il prend le temps de gratter, histoire de restituer à chacun(e) la complexité qui lui est propre.
Incroyable, non ? On est tellement biberonné au manichéisme, tellement habitué à ce que nos conclusions nous soient prémâchées pour qu’on puisse les avaler tout rond que ce rappel en passe pour fondamental : il y a toujours des raisons sous-jacentes à nos comportements, des plus basiques au plus extrêmes ; et si on prend le temps d’aller au-delà des apparences, ces raisons se révèlent souvent aussi complexes que touchantes.

Quand on arrive à assimiler cette évidence, on est alors crument pris à la gorge par ce rite de passage d’ado tentant, comme les ‘poètes disparus’ (et tant d’autres avant et après), de gérer ‘l’éternel retour’. (Concept cher à mon pote Nietzsche ; si ça vous interpelle, vous pouvez aller lire ça)
Cette documentation ne se limite méritoirement pas à la jeunesse ; on la continue à travers les parents qui semblent, quant à eux, en plein 'punch-drunk syndrome' : mis au tapis par la dissonance entre leur vie et leurs rêves adulescents…
Cela nous met face à l’inéluctable : on garde un rapport conflictuel avec cette injonction normative tout au long de notre existence.
L’exploration de ces vies donne l’impression d’être coincé dans un roller-coaster émotionnel, sans cesse forcé à revoir notre jugement sur cet ensemble : On les adore, on les déteste, on les admire, on les condamne ; ils nous ennuient, ils nous passionnent, ils sont frustrants, ils sont attachants… En un mot, ils nous bouleversent !
Ils nous bouleversent parce qu’ils sont dans un état de perpétuel questionnement ; comme je le disais plus avant, à l’instar de leurs comparses de 1959, ils sont en quête de réponses face à la question la plus angoissante de leur vie : « Qui suis-je ? »

Et c’est là qu’un autre tour de force s’opère : cet état ne nous est pas, contrairement à ce qui est beaucoup écrit, platement exposé par un simple enchainement de situations choquantes ou par une surexposition verbeuse de pathos !
Je sens déjà votre scepticisme ; j’étends clairement votre « et comment il fait, alors, ton Sam Levinson? »

Ne vous énervez pas, Madame, je m’en vais vous expliquer !

Son secret, c’est qu’il s’en remet à la puissance d’une magnifique mise en scène
(2) : grâce à elle, on est littéralement baigné dans les émotions des personnages.
Le cadrage, les couleurs, le grain, le montage et la musique offrent une palette aussi subtile que versatile et les scènes s’enchainent avec une fluidité à peine croyable : tantôt féérique, parfois glauque ; intense et frénétique par moments mais aussi d’une sobriété parfaite quand il le faut.
Cette subjectivité assumée nous indique clairement que ce que l’on regarde n’est effectivement PAS la réalité, juste le point de vue de la personne que l’on observe.
Cela nous rappelle une vérité immuable : la manière dont on perçoit notre vie, notre bonheur, notre malheur ; est entièrement subjective…

Alors qu’est-ce qui fait tant de bruit ?

Ce n’est pas sorcier : « Euphoria » provoque des remous parce qu’elle traite de sujets éminemment complexes et cela met les gens de ma génération (et, par corollaire, celles d’avant) dans l’inconfort total.
Rien de neuf sous le soleil donc, nous avons été élevés comme ça : quand on n’est pas à l’aise avec quelque chose, on le rejette comme faux.
Bien conscient de cet état de fait, je pensais néanmoins (je suis décidément bien naïf) qu’un nombre non négligeable de mes contemporains était capable d’outrepasser ces biais… Quel ne fut pas mon désarroi de constater que ce n’était manifestement pas le cas ! A tel point que la série est régulièrement blâmée de faire « l’apologie de la drogue » !

Je parle bien évidemment de ‘Rue’, jouée par Zendaya…

Je ne vais pas trop m’attarder sur elles, je n’ai pas envie de transformer ce billet en pamphlet... Juste le temps de partager mon horreur face à la totale déshumanisation de ce personnage par la plupart des médias ; la récusation des enjeux par une machine à news qui se contente d’un jugement réducteur sur l’utilisation de la célébrité de son interprète afin de faire passer ‘la jeunesse’ pour dépravée...
(Pour paraphraser, cela donne immanquablement ceci : « C’est vrai qu’elle est courageuse Zendaya de se mettre de la morve au nez pour jouer les droguées ! Mais ça va trop loin ! Ce n’est pas la réalité ! Les jeunes, ils ne font pas que se droguer, se mettre à poil et déprimer ! »)
J’ai lu tant de variations de cette phrase que je me suis souvent demandé si j’avais vu la même chose que tout le monde... Quand je pense que beaucoup sont payés pour écrire des inepties pareilles, ça me déprime...
Comme expliqué au moment de parler de la mise en scène, la série nous montre très clairement qu’elle ne prétend PAS filmer la réalité ! That’s the whole point !
Ce qui est par contre bien réel, c’est l’avertissement clair sur les ravages de la drogue que le show déploie : je me suis plus d’une fois demandé si j’avais le cœur suffisamment accroché pour continuer de regarder cette fille se détruire en emportant avec elle tous ceux qu’elle aime…
Qui plus est, il me semble vivement avoir vu une série capable de légèreté, de beauté, d’espoir et d’excentricité…Je suis bien en peine d’expliquer pourquoi je ne retrouve pas ces notions dans la plupart des articles que je lis sur le show !
Bref, ceci étant dit, comme je l’ai déjà précisé plusieurs fois, ce salon n’est pas le lieu approprié pour déconstruire les raccourcis simplistes. Ces sujets doivent être adressés avec sérieux et profondeur, et ce n’est pas vraiment le style de la maison ; je préfère donc les laisser à ceux qui sauront les traiter comme il se doit...

Je disais donc : Zendaya...

Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que ça arrive, mais ça n’en reste pas moins dommage : cette focalisation sur une et une seule personne éclipse, de facto, le reste du cast
(3) ; alors que celui-ci est la troisième bonne raison (sans ordre précis d’importance) de regarder « Euphoria » !

Effectivement, malgré les apparences, aucun personnage n’est facile à jouer dans cette série: ‘Maddy’ n’est pas plus simple à interpréter que ‘Rue’, ‘Cassie’ n’est pas moins intéressante que ‘Juls’ et ‘Fez’ a autant de nuances que ‘Nate’ ; et aucun des acteurs ne passe à côté de son sujet !
Tant Alexa Demie (‘Madeleine Perez’) que Sydney Sweeney (‘Cassandra Howard’) font un excellent travail avec ces pom-pom girls de prime abord totalement superficielles, alors que Angus Cloud (‘Fezco’) et, surtout, Hunter Schafer (‘Jules Vaughn’), qui sont pourtant des novices complets, font des merveilles.
Je ne vais également pas me priver de citer Maud Apatow (‘Alexis Howard’) ou Sophia Rose Wilson (‘Barbara Brooks’), généreuses et attachantes dans leur rôle de filles effacées qui cherchent à sortir de l’ombre ; et je ne vais pas non plus omettre Eric Dane (‘Cal Jacobs’) qui est absolument parfait dans le rôle du mâle prédateur dans tout ce qu’il a de détestable qui croule sous le poids de ses désillusions...Tant que je suis sur le sujet du mâle blessé, Jacob Elordi (‘Nathaniel Jacobs’), souffre un peu de la comparaison avec son père à l’écran, mais ce serait malhonnête de ne pas reconnaître le courage avec lequel il se donne dans un rôle on ne peut plus écœurant.

Impossible de terminer sans toucher un mot sur la performance de Zendaya (‘Ruby Bennett’), qui est absolument surnaturelle…
(Histoire que ce soit clair, je vais le dire : je suis fan ; elle mérite chaque prix, chaque compliment qu’elle reçoit pour cette composition.)
Car, peu importe mes sentiments personnels sur la surexposition de ce fait, sa personnification est bel et bien le symbole de la série ; et cette formidable actrice restitue avec une grâce fragile un fardeau à la fois fugace et magnifique : l’insoutenable légèreté de l'être.




En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0049 : c'est mathématique








Salutations,



Une fois n’est pas coutume, on va commencer cette critique pour une petite expérience mentale.
Ne vous inquiétez pas, ça ne fera pas mal !
Prêt ?

Alors voilà, il faut vous imaginer en train de vous promener…Il fait beau, tout va bien, quand, tout à coup, vous tombez sur une ancienne connaissance…
Au départ, vous êtes content, vous êtes en mode ‘Patrick Bruel’ : « T’as pas changé ! Qu’est-ce que tu deviens ? Tu t’es marié, t’as trois gamins ! »
Nostalgie, quand tu nous tiens…
Pourtant plus la conversation traine en longueur, plus vous avez du mal à vous rappeler comment vous avez pu trainer si longtemps avec cette personne…
Vous ne savez pas très bien si c’est vous ou votre interlocuteur qui a changé, mais peu vous importe, vous n’avez plus qu’une idée en tête : il faut que cette conversation gênante se termine le plus vite possible !

Si ça vous est déjà arrivé, ou si vous avez l’imagination assez agile pour vous mettre en situation ; alors vous comprendrez sans problème ce que j’ai ressenti en regardant ‘The cleaning lady’ !
« Aaah cette bonne vieille ‘network’ tv !
Comme cela faisait longtemps que je t’avais regardée ! De te revoir, là comme ça, ça me rappelle le bon vieux temps… »
Ça, c’est ce que je me suis dit au début de l’épisode…
Et si vous avez bien réalisé l’expérience mentale, vous comprendrez comment je me sentais à la fin…
Là, vous me dites: « c’est bien beau ton histoire, mais c’est quoi la ‘network tv’ ??? »
Votre question est légitime et je m’en vais donc vous expliquer :

Si je voulais grossir le trait, je dirais que ce sont les séries tv produites par les pendants américains de ‘TF1’, ‘France 2’, ‘La Une’ et consort.
Et qu’elle est la différence avec les autres ? Avec leurs demi-sœurs produites par les chaines câblées (les pendants américains de ‘Canal +’, par exemple, ‘HBO’, Showtime ou ‘Starz’) ou leurs cousines streaming (‘Netflix’, ‘Prime’ ou ‘Apple TV+’) ?
Là encore, si je voulais schématiser, je répondrais un peu platement : la liberté !
Mais de quelle liberté tu parles ?
De la liberté de faire ce que tu veux, Jean-Pierre !
Tu veux faire un épisode de 1h12 suivi d’un épisode de 53 minutes ?
Pas de problème !
Tu veux que ton personnage puisse fumer comme un pompier ?
Si ça te chante !
Tu veux montrer que ton héros est un homme avec un grand ‘H’ à grand renfort de gros plans sur ce qui se cache dans le string de toutes ces femmes qui sont bien évidemment incapables de lui résister ?
Fais-toi plaisir !
Une fois que tu as reçu leur ‘feux vert’, tu peux faire tout ce dont tu rêves la nuit avec les demi-sœurs câblées et les cousines streaming de la network tv !

Et sans coupure pub !

Tout ça pour dire que j’avais presque oublié ce que ça faisait de regarder une série si manifestement soumise à des formules toutes faites.
Comme souvent, le mot exact que j’aurais voulu utiliser est anglais : « formulaic » ; et après réflexion, puisque que je ne peux décemment pas utiliser ‘formulaïque’, j’ai remplacé par trois mots ! (toute l’efficacité de la langue française)
Bon, c’est bien joli d’ergoter sur la sémantique, mais finalement, de quoi parle-t-on ? Qui est donc cette titulaire ‘cleaning lady’ ?

C’est l’histoire de Thony De La Rosa, médecin philippine vivant illégalement aux Etats-Unis.
Elle crèche aux States sans permission car son fiston est gravement malade : il a besoin de soins pour sa moelle dont l’accès est aussi difficile que couteux.
Ne pouvant exercer sa profession sans permis de séjour, elle joint les deux bouts en travaillant dans une société de service de nettoyage.
Tout bascule pour elle quand, un soir, elle est témoin d’un meurtre…Sur le point d’être exécutée, elle propose de débarrasser les lieux du méfait de toute trace d’homicide.
Elle devient alors « the cleaning lady » attitrée d’un cartel de crime organisé.

Comme vous le lisez, on ne s’est clairement pas embarrassé du souci de vraisemblance sur ce coup-là…On est encore sur un des marqueurs de la ‘network tv’ : les prémices WTF… Pour ne citer qu’un exemple, à peu près tout et n’importe qui est susceptible de devenir consultant à la police (y compris le diable en personne…)
Ici, comme souvent donc, il faut déjà arriver à passer au-dessus de l’absurdité de la chose pour tenter de passer un bon moment.
Néanmoins, ce n’est pas dans mes habitudes de me montrer fine bouche et je ne vais pas commencer maintenant : Elodie Yung (‘Elektra’ dans ‘Daredevil’) fait de l’excellent travail et le pilote était plaisant à regarder, complétant une à une les étapes qui sont censées fidéliser un publique.
La gageure n’est d’ailleurs pas négligeable : ce sont 22 épisodes (en moyenne) auxquels il faut trouver une audience pendant 1h ! (publicité comprise s’entend ; un épisode de ‘network tv’, c’est entre 42 et 45 minutes ! Pas plus, pas moins !)

C’est là que les fameuses formules toutes faites interviennent (attention la tête, on va faire un peu de math) :

A
(personnage doué mais lambda à qui il arrive une choses hors du commun) + B(Ce personnage a un trauma personnel) + C(des rebondissements inattendus ne cessent de se mettre en travers du personnage…c’est généralement là qu’intervient le ‘méchant’ de l’histoire) + D(des personnages secondaires décalés et/ou attachants aident le principal) = Y (d’une manière ou d’une autre, la résolution des problèmes du personnage se déroule dans le dernier acte)

Ce qui fait :
A+B+C+D=Y
Ça, c’est pour le premier épisode.

Vous pouvez ensuite appliquer :
B(on étoffe le trauma du personnage) + C(les rebondissements) + D(les personnages secondaires font toujours une apparition) + E(les enjeux auxquels le personnage fait face augmentent graduellement jusqu’au ‘Season Finale’) = Y(excepté les rares épisodes en deux parties, on arrive invariablement à la résolution des problèmes)
Copier- coller maintenant cette formule (B+C+D+E=Y) sur autant d’épisodes qu’on vous a commandé 
(n) et ce jusqu’au dernier de l’année où vous ajoutez simplement un twist final (T) pour jeter un pont vers la saison suivante (Z)
 
Ce qui donne donc : (
B+C+D+E)n+T=Z
Et voilà pour le dernier épisode.

Facile, non ?

Allez-y réfléchissez un peu, vous avez souvent vu ces formules toutes faites appliquées dans les séries que vous regardez sur ‘RTL-TVI’ ! (ou sur ‘M6’ si vous lisez depuis la France…)
Loin de moi l’idée de dire que ces séries sont mauvaises, elles sont souvent divertissantes ; et ‘The cleaning lady’ fait sans aucun doute le job.
Cependant, il va lui falloir quelque chose en plus pour s’élever au rang des grandes séries de ‘network tv’ (ce n’est pas un secret, en ce qui me concerne,
LOST est un sommet) : un facteur X !
Ce facteur qui donne un côté imprévisible aux formules toutes faites…

Vous voyez, c’est pas compliqué la ‘network tv’ : c’est mathématique !



En vous remerciant, bonsoir !



criTiQue 0041 : on prend les mêmes ?

 



Salutations,



Ceux qui, comme moi, sont dans la fleur de l’âge s’en rappelleront : l’an 2000 a célébré l’arrivée d’une nouvelle ère télévisuelle.

Une ère qui voulait amener la télévision à un nouveau standard de qualité, tant scénaristiquement que visuellement ; un niveau d’exigence et de moyen qui comblerait l’écart entre le petit et le grand écran. Cet effort a été rendu possible en grande partie par l’avènement des chaines câblées (‘HBO’ En tête) qui ont entrainé dans leur sillage tout le paysage audiovisuel et a complètement révolutionné la manière dont nous consommons les histoires.

On a appelé cette ère « l’âge d’or » de la télévision et il a vu des séries toutes plus iconiques les unes que les autres voir le jour. On parle ici d’une télévision qui était pensée comme un objet d’art, destinée à être uniquement appréciée par les esthètes, qui arborait fièrement une étiquette ‘Premium’. (Des séries comme ‘Soprano’ ‘The wire’ ou ‘Six feet under’, incidemment toutes produites par ‘HBO’, en sont le porte-drapeau). C’était une époque où seules quelques séries par an devenaient mondialement connues, et elles sont directement responsables du succès des ‘chaines à payage’. Imaginez, c’était avant ‘Netflix’ !

J’ai vécu cette période en tant que spectateur et je peux vous dire que ça a été un sacré voyage : voilà maintenant presque 20 ans que je suis assidument ce qui se passe sur le petit écran et j’étais bien en peine d’imaginer la pléthore d’histoires et de mondes aussi divers que variés qui verraient le jour dans ce laps de temps...


Mais pourquoi diable est-ce que je vous parle de tout cela ?


Parce que cette machinerie a tellement bien mouliné qu’elle s’est retrouvée à court de carburant, et que cela fait déjà quelques années que Mr Streamy s’est vu obligé d’avoir recours aux ‘reboots’ (voir au ‘soft-reboots’) et autres ‘revivals’ !

(On pensera ce que l’on veut de cette tendance aux allures d’aveux de perte totale d’imagination, mais cela ne change pas le fait qu’elle continuera de nous être imposée encore quelques années au moins...Je ne vois donc pas l’utilité de pleurnicher sur 3 pages…)

Ce qui m’amène au sujet de cette criTiQue : les ‘4400’ 

Les ‘4400’ est une des premières séries (la toute première était ‘Taken’ avec une toute jeune Dakota Fanning) que j’ai pu voir quand, enfin, j’ai eu les moyens de me payer une chaine payante (BETV pour ne pas la nommer) et c’est avec une certaine nostalgie, une impression particulière de boucler une boucle que je me suis plongé dans son ‘reboot’ hier soir.

J’ai tenté de la regarder sans penser à sa prédécesseur (qui, restons honnêtes, après 2 saisons de plus ou moins bonne facture est un peu partie en cacahuète) et je dois dire que j’ai bien été aidé par une prise de possession décidée de la showrunner qui n’a pas eu la prétention de cacher qu’on partait bien de la même histoire mais à quand même tenu à en faire la sienne.


Quelle est cette histoire ?

4400 personnes disparaissent sans laisser de trace. Quand ils réapparaissent en 2021 sans avoir vieilli, certains des décennies après avoir vraisemblablement quitté la surface de la terre, personne, (pas même eux) n’a aucune notion de ce qu’il leur est arrivé...Certains vont vite découvrir qu’ils sont revenus avec des pouvoirs spéciaux.

On part donc sensiblement sur les mêmes bases. Reste à savoir comment va se remplir ce puzzle aux contours similaires…

Mais avant de continuer, car il faut bien qu’on en parle (impossible de faire autrement, non ?) ; le casting est quasiment exclusivement composé d’acteur et actrice Afro-américain(e)s. 

Eeeeeet, maintenant, LA question CAPITALE du moment !

Alors…‘Woke’ ou pas ‘Woke’ ?

Si si, je vous assure que c’est important pour tout un tas de personnes !

...Mais pas pour moi, désolé…

Je m’en tamponne carrément le coquillage, je n’ai pas envie d’avoir ce débat ici, d’argumenter pour ou contre la portée du message qui est hypothétiquement lancé avec cet ensemble de personne de couleur et, si c’est votre came, je vous invite donc à aller lire les noooooooombreux autres articles/critiques/billets où la question est débattue.

La série ne semble pas (en tout cas pas dans les deux premiers épisodes) en faire un cheval de bataille scénaristique et à moins que cela ne change, je ne vois pas l’intérêt d’en parler plus longtemps…

Les commentaires sociaux sont toutefois devenus inévitables dans une série et j’espère d’autant plus qu’ils ne deviendront pas un gimmick ici (comme, par exemple, les bracelets moniteurs aux chevilles des ‘réapparus’ qui est une image forte mais facile) 

Avec autant de personnages potentiels (4400 personnages, c’est beaucoup) il nous faut des points de focalisation...Et quoi de plus universel qu’une famille déchirée ? 

C’était déjà le cas avec la version précédente, où le neveu (ou son fils, je ne sais plus) du protagoniste principal (Joël Gretsch, pour ne pas le nommer, qui était aussi incontournable à l’époque qu’il est invisible maintenant) avait disparu et son fils (ou son neveu, je ne suis toujours pas sûr et je n’ai décidément pas envie d’aller vérifier) était dans le coma depuis.

On suivait alors la série avec, comme point de vue initial, ceux qui étaient restés.

Premier changement donc, car dans cette version 2021 c’est le point de vue des disparus qui est adopté… Et cette inversion paye ! Elle fait que l’on ne regarde plus seulement un mystère : elle donne au show un sentiment d’urgence et expose efficacement la pleine mesure de la confusion ressentie par ces gens qui font l’expérience d’un arrêt brutal de tout ce qui faisait leur vie.

Flashbacks et lente découverte de leurs nouveaux dons sont également au programme de ce qui semble se dessiner comme une exploration de personnages : tout le monde essaye de donner un sens à ce qui est arrivé et quand certains y voient l’opportunité de matérialiser leurs illusions de grandeur, d’autres essayent juste de reprendre leur existence là où ils l’ont laissée.

C’est principalement pour cette raison (la promesse d’une mise en abyme des protagonistes) que je continuerais de regarder les ‘4400’ ! Et si, d’aventure, ce portrait est une réussite ; on pourrait alors bien se retrouver face à une toute bonne série de SF (qui s’impose décidément comme LE genre en vogue en cette année 2021…)



En vous remerciant, bonsoir !