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lluBiE 0011 : l’insoutenable légèreté de l'être









Salutations,



Il y a des choses dans la vie qui sont difficiles à assumer.

Personnellement, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui pensait que c’était une bonne idée de déclarer fièrement qu’il possédait un compact disque des ‘Spice Girls’ ou qu’il connaissait par cœur ‘sensualité’ à un moment de son existence (toute ressemblance avec une personne existant ou ayant existé serait purement fortuite)… C’est pourtant une vérité immuable : on traine tous des petits coups de cœur honteux, souvenirs d’une vie antérieure que l’on n’arrive plus à connecter à nous-mêmes...

Et puis, il y aussi les plaisirs coupables ; les choses dont la popularité est tellement énorme qu’on a un peu honte de grossir les rangs de ceux qui se pâment devant ce qui a été identifié, à tort ou à raison, comme ‘cliché’.
De ce point de vue, et sans avoir l’air d’y toucher, parler d’« Euphoria », c’est exactement le même que de lancer bravement dans une conversation que l’on adore « Le cercle des poètes disparus »…
Vous vous rappelez ? Une dizaine d’ados dans les années 50 qui, n’écoutant que leur courage, se mettent debout sur leur banc d’école pour montrer à leur professeur déchu qu’ils ont l’intention de continuer à « cueillir le jour présent », et ce, malgré le traumatisant suicide de leur camarade de classe ne pouvant supporter d’être interdit par son père de jouer du théâtre…
Voilà, c’est ça, ce film-là !
Sérieux, même ceux qui n’ont pas vu le film connaissent la fin du ‘cercle des poètes’ : « Oh capitaine, mon capitaine ! »
(…Excusez mes larmes, c’était trop d’émotion d’un coup…)
C’en est presque écœurant tellement c’est mielleux…Et c’est grandiose !
Pourquoi ?
Je suis fatigué de me répéter, Jean-Pierre : dans toute fiction, plus le travail sur les personnages est réussi, plus l’émotion que l’on veut projeter (le rire, le drame, la peur,…) va faire son office !
N’en déplaise à certains, c’est sans aucun doute le cas pour le film de Peter Weir (1989… Yep, vous avez bien lu : le long-métrage les 35 ans !)
On a passé du temps avec eux, apprenant à connaître leurs failles, leurs espoirs et, surtout, leur envie d’émancipation de valeurs qui les oppressent… De fait, quand à la fin, après avoir été témoin de leurs petites victoires face à cette société qui veut leur imposer ses normes et les avoir vu subir un rappel brutal de son emprise sur leur vie ; ils nous montrent qu’ils ont irrémédiablement changé…
Il devient alors difficile (voir impossible) de ne pas être ému par ce « Oh capitaine, mon capitaine ! » (Pour citer un exemple : ma fille, qui avait 12 ans à l’époque, a regardé le film avec un ennui relatif mais a immanquablement trouvé la fin puissante)

Revenons à « Euphoria »
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la série ‘HBO’ fait parler d’elle…et pas toujours en bon terme. (J’entends par là, en terme qui soit exact, d’où ce billet : si je ne rétablis pas la vérité, qui le fera ?)
La concomitance entre son énorme popularité, et la manière dont elle est réduite à ses aspects les plus sulfureux ; tout comme ‘poètes disparus’ en est souvent réduit à être décrit comme une histoire doucereuse avec Robin Williams, confère donc aux deux le titre réducteur de ‘plaisir coupable’ : un intérêt dont on se passe volontiers de parler (surtout si on a plus de 40 ans) sous peine de voir son interlocuteur rouler des yeux…
Cependant, il y une (autre) connexion évidente (même en prenant en considération les différences fondamentales entre 1959 et 2018) entre ce duo improbable (attention, je vais enfoncer une porte ouverte !) : leurs protagonistes respectifs sont à la recherche de leur identité.

Ce qui m’amène au sujet de cette ‘lluBiE’…

La chose que j’entends le plus autour de moi quand la série est évoquée, c’est : « c’est cliché à moooort ! »

Voyons : c’est l’histoire d’une addict aux drogues qui tombe amoureuse d’une fille transgenre et dont le groupe d’amis est composé d’une fille timide éclipsée par sa sœur, d’une pom-pom girl qui doit gérer les retombées de la diffusion de photos d’elle dénudée, d’une autre pom-pom qui sort ‘on and off’ avec le quaterback star du lycée, d’un revendeur de drogue et d’une fille ‘plus size’ qui va découvrir son pouvoir de séduction sur internet…

Bon, ok, difficile de conclure autrement : plus cliché, tu meurs !

Alors qu’est ce qui a fait d’« Euphoria » une de mes séries préférées ? (dans mon top 10 ? Ce n’est pas impossible !)

Il y a
trois raisons à cela, Jean-Pierre :

(1) C’est presque élémentaire (ou ça devrait l’être en tout cas) : Sam Levinson (le fils de l’autre Levinson) le créateur-producteur-scénariste-réalisateur de cette série, utilise avec talent l’arme la plus puissante en matière de storytelling : le respect.
Je sais, dit comme ça, ça parait un peu con, genre : ‘Le gars, il respecte carrément ses personnages ?? Waaaaw !’
Pourtant, ça fait toute la différence ; car il les respecte malgré ce qu’ils sont…et ce n’est pas une mince affaire pour certains d’entre eux…
Le résultat ? Relativement rapidement (cela dépendra de votre sensibilité), vous oublierez que vous regardez une cheerleader ou une personne transgenre, un dealer ou un jock, un infidèle compulsif ou une poivrote ; c’est presque du ‘satisfait ou remboursé’ : vous arrêterez tout simplement de prendre ces stéréotypes en compte.
Ce que vous allez voir à la place, ce sont des portraits d’êtres humains qui dépassent largement le cadre des clichés qu’ils véhiculent : Levinson traite tous ses protagonistes avec une empathie sans réserve, et cette empathie finit par traverser l’écran pour nous remplir, nous habiter.

Mais comment fait-il, Madame ?

Là aussi, la réponse est censée couler de source (c’est pourtant loin d’être toujours le cas) : au fil des épisodes, des saisons ; il donne corps à ces chimères, il leur donne des nuances, des couches supplémentaires qu’il prend le temps de gratter, histoire de restituer à chacun(e) la complexité qui lui est propre.
Incroyable, non ? On est tellement biberonné au manichéisme, tellement habitué à ce que nos conclusions nous soient prémâchées pour qu’on puisse les avaler tout rond que ce rappel en passe pour fondamental : il y a toujours des raisons sous-jacentes à nos comportements, des plus basiques au plus extrêmes ; et si on prend le temps d’aller au-delà des apparences, ces raisons se révèlent souvent aussi complexes que touchantes.

Quand on arrive à assimiler cette évidence, on est alors crument pris à la gorge par ce rite de passage d’ado tentant, comme les ‘poètes disparus’ (et tant d’autres avant et après), de gérer ‘l’éternel retour’. (Concept cher à mon pote Nietzsche ; si ça vous interpelle, vous pouvez aller lire ça)
Cette documentation ne se limite méritoirement pas à la jeunesse ; on la continue à travers les parents qui semblent, quant à eux, en plein 'punch-drunk syndrome' : mis au tapis par la dissonance entre leur vie et leurs rêves adulescents…
Cela nous met face à l’inéluctable : on garde un rapport conflictuel avec cette injonction normative tout au long de notre existence.
L’exploration de ces vies donne l’impression d’être coincé dans un roller-coaster émotionnel, sans cesse forcé à revoir notre jugement sur cet ensemble : On les adore, on les déteste, on les admire, on les condamne ; ils nous ennuient, ils nous passionnent, ils sont frustrants, ils sont attachants… En un mot, ils nous bouleversent !
Ils nous bouleversent parce qu’ils sont dans un état de perpétuel questionnement ; comme je le disais plus avant, à l’instar de leurs comparses de 1959, ils sont en quête de réponses face à la question la plus angoissante de leur vie : « Qui suis-je ? »

Et c’est là qu’un autre tour de force s’opère : cet état ne nous est pas, contrairement à ce qui est beaucoup écrit, platement exposé par un simple enchainement de situations choquantes ou par une surexposition verbeuse de pathos !
Je sens déjà votre scepticisme ; j’étends clairement votre « et comment il fait, alors, ton Sam Levinson? »

Ne vous énervez pas, Madame, je m’en vais vous expliquer !

Son secret, c’est qu’il s’en remet à la puissance d’une magnifique mise en scène
(2) : grâce à elle, on est littéralement baigné dans les émotions des personnages.
Le cadrage, les couleurs, le grain, le montage et la musique offrent une palette aussi subtile que versatile et les scènes s’enchainent avec une fluidité à peine croyable : tantôt féérique, parfois glauque ; intense et frénétique par moments mais aussi d’une sobriété parfaite quand il le faut.
Cette subjectivité assumée nous indique clairement que ce que l’on regarde n’est effectivement PAS la réalité, juste le point de vue de la personne que l’on observe.
Cela nous rappelle une vérité immuable : la manière dont on perçoit notre vie, notre bonheur, notre malheur ; est entièrement subjective…

Alors qu’est-ce qui fait tant de bruit ?

Ce n’est pas sorcier : « Euphoria » provoque des remous parce qu’elle traite de sujets éminemment complexes et cela met les gens de ma génération (et, par corollaire, celles d’avant) dans l’inconfort total.
Rien de neuf sous le soleil donc, nous avons été élevés comme ça : quand on n’est pas à l’aise avec quelque chose, on le rejette comme faux.
Bien conscient de cet état de fait, je pensais néanmoins (je suis décidément bien naïf) qu’un nombre non négligeable de mes contemporains était capable d’outrepasser ces biais… Quel ne fut pas mon désarroi de constater que ce n’était manifestement pas le cas ! A tel point que la série est régulièrement blâmée de faire « l’apologie de la drogue » !

Je parle bien évidemment de ‘Rue’, jouée par Zendaya…

Je ne vais pas trop m’attarder sur elles, je n’ai pas envie de transformer ce billet en pamphlet... Juste le temps de partager mon horreur face à la totale déshumanisation de ce personnage par la plupart des médias ; la récusation des enjeux par une machine à news qui se contente d’un jugement réducteur sur l’utilisation de la célébrité de son interprète afin de faire passer ‘la jeunesse’ pour dépravée...
(Pour paraphraser, cela donne immanquablement ceci : « C’est vrai qu’elle est courageuse Zendaya de se mettre de la morve au nez pour jouer les droguées ! Mais ça va trop loin ! Ce n’est pas la réalité ! Les jeunes, ils ne font pas que se droguer, se mettre à poil et déprimer ! »)
J’ai lu tant de variations de cette phrase que je me suis souvent demandé si j’avais vu la même chose que tout le monde... Quand je pense que beaucoup sont payés pour écrire des inepties pareilles, ça me déprime...
Comme expliqué au moment de parler de la mise en scène, la série nous montre très clairement qu’elle ne prétend PAS filmer la réalité ! That’s the whole point !
Ce qui est par contre bien réel, c’est l’avertissement clair sur les ravages de la drogue que le show déploie : je me suis plus d’une fois demandé si j’avais le cœur suffisamment accroché pour continuer de regarder cette fille se détruire en emportant avec elle tous ceux qu’elle aime…
Qui plus est, il me semble vivement avoir vu une série capable de légèreté, de beauté, d’espoir et d’excentricité…Je suis bien en peine d’expliquer pourquoi je ne retrouve pas ces notions dans la plupart des articles que je lis sur le show !
Bref, ceci étant dit, comme je l’ai déjà précisé plusieurs fois, ce salon n’est pas le lieu approprié pour déconstruire les raccourcis simplistes. Ces sujets doivent être adressés avec sérieux et profondeur, et ce n’est pas vraiment le style de la maison ; je préfère donc les laisser à ceux qui sauront les traiter comme il se doit...

Je disais donc : Zendaya...

Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que ça arrive, mais ça n’en reste pas moins dommage : cette focalisation sur une et une seule personne éclipse, de facto, le reste du cast
(3) ; alors que celui-ci est la troisième bonne raison (sans ordre précis d’importance) de regarder « Euphoria » !

Effectivement, malgré les apparences, aucun personnage n’est facile à jouer dans cette série: ‘Maddy’ n’est pas plus simple à interpréter que ‘Rue’, ‘Cassie’ n’est pas moins intéressante que ‘Juls’ et ‘Fez’ a autant de nuances que ‘Nate’ ; et aucun des acteurs ne passe à côté de son sujet !
Tant Alexa Demie (‘Madeleine Perez’) que Sydney Sweeney (‘Cassandra Howard’) font un excellent travail avec ces pom-pom girls de prime abord totalement superficielles, alors que Angus Cloud (‘Fezco’) et, surtout, Hunter Schafer (‘Jules Vaughn’), qui sont pourtant des novices complets, font des merveilles.
Je ne vais également pas me priver de citer Maud Apatow (‘Alexis Howard’) ou Sophia Rose Wilson (‘Barbara Brooks’), généreuses et attachantes dans leur rôle de filles effacées qui cherchent à sortir de l’ombre ; et je ne vais pas non plus omettre Eric Dane (‘Cal Jacobs’) qui est absolument parfait dans le rôle du mâle prédateur dans tout ce qu’il a de détestable qui croule sous le poids de ses désillusions...Tant que je suis sur le sujet du mâle blessé, Jacob Elordi (‘Nathaniel Jacobs’), souffre un peu de la comparaison avec son père à l’écran, mais ce serait malhonnête de ne pas reconnaître le courage avec lequel il se donne dans un rôle on ne peut plus écœurant.

Impossible de terminer sans toucher un mot sur la performance de Zendaya (‘Ruby Bennett’), qui est absolument surnaturelle…
(Histoire que ce soit clair, je vais le dire : je suis fan ; elle mérite chaque prix, chaque compliment qu’elle reçoit pour cette composition.)
Car, peu importe mes sentiments personnels sur la surexposition de ce fait, sa personnification est bel et bien le symbole de la série ; et cette formidable actrice restitue avec une grâce fragile un fardeau à la fois fugace et magnifique : l’insoutenable légèreté de l'être.




En vous remerciant, bonsoir !

lluBiE 0010 : qui cherche trouve

 




Salutations,


On a tous une série à laquelle on s’accroche un peu en dépit du bon sens, dont on reconnaît la flagrance des défauts sans que cela suffise pour arrêter les frais.
Je me suis plusieurs fois infligé ce triste rodéo et voilà déjà un petit temps que je projette de vous parler du dernier en date.
J’ai nommé « Titans ».
La diffusion du dernier épisode de la troisième saison me semblait le moment opportun pour se faire et j’ai donc décidé d’attendre cette occasion malgré le fait que je pensais savoir, dans les grosses lignes, ce que je voulais dire de ce show qui ne manque décidément jamais de me faire poser des questions sur mon degré de masochisme…
Le moment étant venu, je me suis rendu compte qu’en parler était plus facile à prévoir qu’à faire.
En effet, armé de mon stylo bille, essayant de rassembler mes idées en m’appuyant sur la conclusion de cette 3ème fournée, j’ai très vite compris que cela n’allait pas être chose aisé de décrire une série qui ne sait pas elle-même où sa queue et sa tête se trouvent (ou même encore, si elle a l’un ou l’autre…)
Comme souvent dans mes ‘lluBiEs’ on va s’aventurer sur territoire jonché de possibles ‘spoilers’, vous lirez donc la suite à vos risques et périls…

Pour expliquer mon acharnement à regarder une série qui a plus de défauts que ‘Joffrey Baratheon’, il faut parler de la saison 1.
Globalement bonne (voir très bonne), elle introduisait un Dick Grayson fraichement affranchi de son mentor schizophrène à tendance chiroptophobe.
Ayant laissé Gotham derrière lui, il est maintenant policier à Détroit où il essaye tant bien que mal de rester du ‘bon côté de la justice’.
Néanmoins, le garçon semble se débattre avec ses velléités d’abandon de combinaison en latex galvanisé et ses errements le mettent sur le chemin de Rachel Roth.
Déjà vu ? Effectivement ! Mais entre cette Rachel qui semble avoir besoin d’un exorcisme en bonne et due forme, un gamin qui se transforme en tigre vert, une belle jeune femme amnésique ET pyrokinétique, sans oublier le fait que l’ancien protégé de ‘Batman’ va demander de l’aide à ‘Wondergirl’; la série reste constamment sous haute tension, prenant rarement la peine de s’arrêter pour souffler : les épisodes font l’objet d’un traitement en forme de ‘page-turner’ où chaque chapitre pose autant de questions qu’il n’en adresse.
On semble bien là, non ?
Bin non.
Car la décision, motivée par la garantie de production d’une suite, de réduire ce premier cycle à 11 épisodes au lieu des 12 prévus va complètement chambouler la série…
Vous pensez peut-être que ce n’était pas rédhibitoire, et cela serait vrai si le but de la manœuvre était de continuer d’étoffer la storyline sur laquelle on était engagé et qui, sans être d’une originalité folle, avait au moins pour elle de poser des enjeux forts.
Manifestement, le but était ailleurs… Où ? Impossible à dire car, après avoir hâtivement résolu le cliffhanger de la saison 1, la série prend une toute autre direction ; faisant passer le suspense qu’elle a installé comme un passage inutile avant d’en venir au fait.

Cette première erreur d’appréciation n’est malheureusement pas la dernière pour une saison qui tombe dans le piège classique des secondes saisons : l’envie de faire ‘plus’ ! Plus grand, plus fort, plus beau…
Ici, entre la réformation officielle des ‘Titans’ (qui fait office de prétexte à explorer les sombres raisons de leur séparation initiale), l’introduction du méchant ‘Deathstroke’ (qui après l’authentique démon menaçant d’asservir l’humanité fait un peu pâle figure, tout ‘super-augmenté’ soit-il), La présence de Bruce Wayne (qui, ne semblant plus quoi faire avec ses ‘Robin’, le refile à Dick sous un prétexte aussi inutile que la présence du milliardaire l’est dans une intrigue déjà surchargée), l’arrivée de Conner Kent (Clone hybride de l’autre Kent et de Lex luthor…sans en dire plus, vous comprendrez à quel point l’intronisation d’un tel personnage est vorace en temps d’écran), L’infiltration des ‘Titans’ par la fille de ‘Deathstroke’ (une borgne également ‘super-augmentée qui va s’amouracher du futur ex ‘Robin’ que Bruce a collé aux basques de Dick), sans oublier (quand même) la continuation du cheminement personnel des personnages de la première saison (et non des moindres, les circonstances qui pousseront Dick à devenir ‘Nightwing’) ; on a largement dépassé la limite de ce que 13 épisodes peuvent véhiculer en gardant un semblant de cohésion.
Les storylines se trainent donc sans pouvoir se décider sur un point de focale, laissant l’intrigue en perpétuel déséquilibre pour se terminer en pétard mouillé.
Néanmoins, on va dire que l’essentiel est sauf à la fin : Grayson devient ‘Nightwing’ et les ‘Titans’ forment enfin une véritable équipe…

Ce qui nous amène à la saison 3.
Bonne nouvelle : les showrunners semblent enfin avoir compris qu’ils ne pouvaient pas rendre justice à autant de personnages à la fois et font le ménage en conséquence !
Mais malgré cette bonne intention, ils se prennent une fois de plus les pieds dans le tapis : alors qu’elle devrait, en toute cohérence, faire partie des ‘Titans’ ; une protagoniste centrale de la saison précédente disparaît ainsi complètement du tableau, comme si elle n’avait jamais existé ; laissant un arrière-goût désagréable de désaveu total du chapitre 2.
Pire encore, après un premier épisode qui expédie (excusez du peu) la mort de Jason (second ‘Robin’), la mort du ‘Joker’ et la mise en retraite de ‘Batman’ ; la série semble pourtant encore peiner à justifier la présence d’autant de personnages à l’écran.
De fait, il aurait été, à mon sens, plus judicieux de se passer des services d’un ‘Superboy’ (qui faisait déjà office d’appendice inutile dans la saison précédente) et qui, avec les mêmes pouvoirs que ‘Superman’, rend la mise en place d’un suspense à la mesure de son omnipotence quasiment impossible.
C’est tout ?
Malheureusement non ! Permettez-moi un dernier passage en revue assorti de quelques chiffres.
Car même en acceptant de passer au-dessus des 4 (sur cinq !) morts (dont une dans la saison 2) qui trouvent TOUS le moyen de revenir à la vie et sur, non pas un, mais deux épisodes complets qui se greffent à peu près aussi efficacement sur l’intrigue générale qu’un nez à l’arrière du genou ; on a toujours pas évoqué tous les problèmes qui ankylosent l’intrigue (spoiler alert, il y en a 6 !):

En effet, malgré un casting impeccable (Vincent Kartheiser qui après « Mad Men » montre ici une face étonnante de sa palette), le ‘vilain’ central de cette année empile les clichés et finit par tomber dans la caricature (1). Le personnage de ‘Starfire’ reste globalement décevant : elle perd et regagne ses pouvoirs à chaque saison sans que je ne comprenne jamais comment et pourquoi…sans parler du fait que son histoire familiale qui, sans être franchement passionnante, occupe pourtant une place importante de son temps d’écran (2). Cette version de Jason et ses atermoiements psychotiques auraient définitivement leur place dans ‘les feux de l’amour’ (3).Un TROISIEME ‘Robin’ est inutilement introduit (à ce stade, ça devient du fétichisme) (4). Après un passage en prison, sous prétexte de faire son introspection, qui frisait le ridicule lors de la saison 2 ; Dick est carrément obligé de mourir pour comprendre que…Euh bin en fait, ce qu’il a compris n’est pas clair…(5)
Il me reste encore à mentionner l’absence presque totale de Rachel, qui porte un coup presque fatal à la cohésion de l’ensemble des trois saisons (6) ; avant de préciser que je pourrais continuer !
Mais je vais m’arrêter là, je crois que tout le monde a compris : niveau qualité, on est loin du compte...

Une seule bonne chose à mettre en avant : Barbara Gordon !
Pertinemment jouée (Savannah Welch que j’espère revoir), assez bien écrite ; la relation qu’elle a avec Dick et surtout sa résolution sont LA bonne note de ce désastre.
Cette bonne note entretient une petite flamme d’espoir : une saison 4 est bel et bien prévue et je ne peux pas jurer que je ne m’installerai pas devant.
Alors, j’en conviens, après un tel portrait, c’est difficile à comprendre...comme je l’écrivais au début, je dois bien avouer qu’il faut que je me pose des questions sur d’éventuelles tendances masochistes chez moi !
Mais au final, mon vrai masochisme, c’est de continuer à espérer…(ah, comme c’est beau !)
Ce que j’espère, c’est qu’après autant de tâtonnements, les showrunners vont finir par trouver la bonne formule pour mettre en avant ces personnages qui, à la base, sont attachants.

Oui, la prochaine tentative sera la bonne… Qui cherche trouve… Non ?

 
En vous remerciant, bonsoir !

lluBiE 0009 : avec le temps...



Salutations,

 

 

Je ne sais pas pour vous mais, dernièrement, j’ai de plus en plus de mal à sentir le pouls de la musique.

Je ne veux pas dire par là qu’elle est morte, ou même moribonde…ou toute autre assertion tout aussi vide de sens...

Ce que je veux dire c’est que le paradigme musical a irrémédiablement changé et qu’il est maintenant impossible, pour moi du moins, de déterminer ce qui la nourrit, ce qui l’anime et la fait évoluer. 

Il semble pourtant me rappeler que, d’antan, elle suivait des mouvements clairs et déterminés par une sorte de zeitgeist quelquefois éphémère mais toujours indéniable!

Histoire de ne pas ennuyer à mort les plus jeunes d’entre vous avec les anecdotes d’un autre siècle, je ne vais pas revenir sur une histoire maintes fois mieux contée ailleurs ! 

Qu’il soit simplement dit ici que l’avènement de ‘MTV’ a, entre autres, permis la pérennisation d’un système qui fabriquait des stars aussi vite que les modes pour la pop, le rock ou le rap se renouvelaient.

Et puis ?

Et puis « Boum »

Là encore, pas la peine d’en faire un essai de 300 pages : Internet est arrivé.

 

Depuis, la lente érosion du système mentionné plus haut a été inéluctable, et ce, alors qu’il semblait éternel : les vieilles combines de surenchère de Madonna génèrent maintenant plus de pitié que de ‘like’ sur Instagram.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que la machine à recycler n’a pas continué à fonctionner à plein (You)tube ! Et selon votre sensibilité, vous pouvez sans peine trouver sur la toile le dernier ersatz en vogue de votre période préférée...

C’est d’ailleurs cette abondance illimitée de ressources qui a fini par donner à la musique cette instabilité erratique et hyperactive qui la caractérise aujourd’hui : personne ne sort du lot, car il est devenu quasiment impossible de cristalliser durablement une époque qui ne cesse de se réinventer au gré des trends.

 

Vous l’aurez compris, j’ai trouvé une exception.

 

Il y a sans doute un épiphénomène qui n’a pas changé...Et qui ne changera jamais : le besoin de se rattacher à quelque chose de plus grand que soi-même...

C’est, selon moi, ce qui guide la plupart des démarches artistiques, et musicales notamment : communiquer une somme d’émotions pour en faire collectivement la catharsis.

Ce qui m’amène enfin au sujet : Billie Eilish.

 

Ceux qui me connaissent vous diront sans trainer que consacrer un billet sur elle est à peu près aussi cohérent avec mes prédilections que si je décidais de parler de l’art et la manière de décorer ses ongles, mais que voulez-vous ? Ma sensibilité musicale est à peu près aussi flexible qu’une gymnaste russe...

Je ne vais pas perdre mon temps à tenter de définir sa musique : sa pop immédiate est d’une efficacité redoutable... Mais je conviens sans problème que c’est sujet à débat… Ce qui l’est moins, c’est le message inspirant qu’elle offre à toute une génération. (J’y viens dans quelques instants.)

 

Eilish avait déjà piqué mon intérêt en devenant autre chose que la quasi-totalité de ses congénères (c’est-à-dire une star des réseaux sociaux qui fait de temps en temps de la musique ou vice-versa) : une nouvelle itération de ce qu’on appelait une « popstar » au 20ème siècle.

Parce qu’il convient de bien comprendre ce que j’essaie de dire, je vais insister :

Loin de moi l’idée de dire qu’il n’y a plus de « Star » dans cet ère 2.1 -le concept a même explosé à outrance ; mais l’idolâtrie telle qu’on la connaissait il y a 30 ans (qui parait d’ailleurs presque innocente aujourd’hui) a bel et bien disparu.

De fait, son avènement avec « When we fall asleep, where do we go ? » me semblait être une sorte d’anomalie, une résurgence d’un concept hors de son temps.

Néanmoins, à voir et entendre les milliers d’adolescent(e)s reprendre en hurlant ses paroles, l’empêchant presque de chanter concert après concert, le doute n’était pas permis : je me trouvais bien face à un phénomène qui, au mieux, était en phase terminale ; maintenu moribond par quelques influenceurs.

Une partie non négligeable de la planète a tout à coup accordé une importance immodérée aux moindres paroles et gestes de la jeune femme, la proclamant porte-parole d’un mouvement trop informe pour être défini : entre les votants aux ‘Grammy Awards’ consacrant son album et une horde de followers sur Instagram pendus aux moindres fluctuations de la nuance de vert de ses cheveux ; Billie Eilish a rapidement eu le monde, dans tout ce qu’il lui reste de réel ou virtuel, à ses pieds.

En clair, elle aurait pu sortir à peu près n’importe quoi ensuite et l’illusion du succès aurait perduré certainement encore des années...

(Petite parenthèse pour dire que, une fois n’est pas coutume, je partage l’avis de beaucoup : il n’y a qu’un seul autre artiste dans l’histoire musicale récente à avoir reçu la même bénédiction maudite.

Ouais, je parle de Cobain.

Je ne vais pas m’étendre inutilement sur la comparaison, là encore, ce postulat a été maintes fois débattu ailleurs...

Mais cela valait incontestablement la peine de le noter… Fin de parenthèse donc !) 

Je confesse donc que j’étais assez curieux de voir ce que le duo (son frère est dans l’ombre, mais a une part prépondérante dans son succès) ferait du crédit accordé par ce panel allant de la génération Y à Z en passant par les ‘millennials’.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu : « Happier than ever » prouve avec brio que la blonde sait où elle va, et surtout, où elle ne veut pas aller.

En effet, son deuxième LP, loin de verser dans la surenchère ostentatoire ou de réutiliser une recette éprouvée, est avant tout une chronique de tout ce qui a changé dans sa vie ces deux dernières années… Chronique qui, pour tracer un autre parallèle improbable, n’est pas sans me rappeler la formidable introspection sur le succès à laquelle se livrait Kendrick Lamar sur ‘DAMN’… Bref.

Choisissant de traiter son album comme un exutoire des innombrables injonctions qu’elle subit (et par extension, que subissent les femmes de sa génération) Eilish y livre un compte rendu souvent touchant, parfois glaçant de sa notoriété fulgurante.

La sincérité et la percussion des images qu’elle invoque en font un témoignage passionnant, celle d’une jeune femme qui essaye de vivre une vie normale dans des circonstances dignes d’Orwell.

Sans jamais pleurnicher, avec une saine dose de révolte, elle questionne la manière dont elle est scrutée ; passant en revue ses aspirations dans un schéma de pensée qui exhorte à l’amour-propre et au respect de soi-même.

Sans prêcher, elle s’efforce de déconstruire le discours anxiogène imposé aux ados qui doivent avoir démystifié leurs envies sans même avoir eu le temps de vivre.

Pour cette raison et pour d’autres (notamment une production qui a le bon goût de ne pas être boursoufflée tout en brassant les genres et les influences),et nonobstant quelques passages poussifs, cet album mérite qu’on lui prête une oreille attentive ; que l’on dépasse les préjugés qu’on pourrait avoir pour une gosse populaire en 2021 pour y découvrir (ou pour y confirmer, c’est selon) que cette jeunesse a décidément des choses intéressantes à dire !

 

 

En vous remerciant, bonsoir !

lluBiE 0008 : la fin justifie les moyens

Pré scriptum : Clairement, si vous n’avez pas encore pris la peine de regarder la fin de « HIMYM » (terminée en 2014), c’est que Ted Mosby et ses pérégrinations amoureuses vous laissent froid –ou ont fini par vous lasser, c’est selon (biffez la mention inutile). Ceci étant, on n’est pas chez les sauvages ici ! Dans mon salon, on est entre personnes civilisées, et je vais donc prendre la peine de déclarer : SPOILER ALERT !




Salutations,

 

Ce n’est pas Damon Lindelof qui me contredira : clôturer une série qui a une fanbase passionnée n’est pas chose aisée à l’ère numérique.

Tout le monde a un avis sur tout et nous ne sommes que très peu en ligne à prendre suffisamment de recul pour considérer l’idée que notre opinion n’est pas, de facto, une vérité absolue.

De ce point de vue, je fais un peu figure de mouton (alias l’opinion minoritaire) qui est pote avec le loup (alias l’opinion majoritaire): un animal atypique qui, sans chercher les ennuis, est toujours un peu en danger de se faire manger.

Des exemples ? Je fais partie des amoureux de la fin de « Lost » (voir mon llOSTathlon pour plus de précisions), je ne trouve pas que la fin de « Game of Thrones » constitue une injure à qui que ce soit, je chéris les choix posés par Rian Johnson sur « Les derniers Jedi » et, pour introduire le sujet de ce billet ; je trouve que la conclusion de « How I met your mother » est brillante !

Petit retour en arrière pour m’expliquer : A l’occasion de ma crItIquE numéro 0012 (c’était il y a plus de 11 ans…personne ne se sentira rajeunir à la lecture de cette information), je faisais part de mon début d’impatience :

 

« …’HIMYM’ commence à souffrir de ce que j’ai fini par appeler le « syndrome Friends » : quand des personnages plus ou moins bien ancrés dans la réalité deviennent, lentement mais sûrement, des caricatures d’eux-mêmes.

J’en ai fini avec les critiques (relatives, vous en conviendrez) mais, qu’on se le dise : j’aimerais voir la conclusion pointer ne fut-ce que le bout de son nez… »

 

Nous étions alors au début de la 6ème saison et cela allait encore prendre 3 saisons supplémentaires pour que la conclusion appelée de mes vœux se matérialise…

Ce que je ne pouvais pas savoir, c’est qu’il y avait une explication tout à fait logique à cet étirement de l’intrigue.

D’ailleurs, au final, le pire dont on puisse accuser Carter Bays et Graig Thomas (créateurs et showrunners de la série), c’est de nous avoir menés en bateau…


Car, accrochez-vous : malgré son titre évocateur, le sujet principal de « How I met your mother » n’est pas la rencontre de la « mother » titulaire…(TAM TAM TAM)

 

Effectivement, histoire de donner une raison d’être à mon « SPOILER ALERT », on apprend dans les toutes dernières minutes du dernier épisode de la série que si Ted nous a trainé son histoire en longueur, c’est plus pour avoir l’approbation de ses enfants pour se rabibocher une énième fois avec Robin que pour réellement leur faire un compte rendu exhaustif dont ils n’ont ni l’envie, ni l’utilité.

Alors, oui, je suis sans doute une nouvelle fois un peu seul dans mon coin, mais ce twist (que beaucoup ont taxé de retcon) m’a plus donné l’envie d’applaudir les créateurs que de les maudire…Malgré (ou peut-être à cause de cela) le fait qu’ils m’aient si longtemps mené en bateau…

 

Bien sûr, cela n’excuse pas certaines longueurs. C’est resté drôle, mais je conviens que 9 saisons, c’est beaucoup pour en arriver là où on arrive.

En effet, on rappellera quand même que, après nous avoir fait penser qu’on touchait au but dans la saison 5 (Ted y fréquentait la colocataire de sa future femme), sur les saisons 6, 7 et 8 ; le cheminement de Ted est quasiment au point mort. Seule une relation cartoonesque avec Zoey (Jennifer Morisson) à se mettre sous la dent avant le retour providentiel du personnage de Victoria.

Victoria dont on apprendra de la bouche des showrunners qu’elle faisait office de ‘plan B’ si, d’aventure, ils ne pouvaient pas aller au bout de leur vision.

Mais Mr Hollywood allait en décider autrement en commandant une dernière fournée d’épisodes.

Le retour de ce personnage phare (toujours bien campé par Ashley Williams) a donc rapidement pris des allures de pétard mouillé, alors qu’il était censé introduire la fin avec un ‘boum’.

De fait, sur la dernière ligne droite, on passe plus de temps sur les débuts de Marshall et Lily en tant que parents et sur les turpitudes (je suis désolé, mais c’est le mot) du couple Barney/Robin, que sur la situation que l’on pensait, encore à ce moment, être le sujet de la série : cette foutue future femme de Ted.

Pire encore, en filigrane, de manière presque schizophrénique et pas si subtile que ça au final ; les sentiments de Ted et Robin l’un pour l’autre restent bel et bien un fil rouge au long des saisons 7 et 8 (Après avoir été le focus principal des deux premières saisons pour ensuite garder une importance plus que relative dans les saisons 3 et 4).

Ce qui nous amène donc à la saison controversée : la neuvième et dernière.

Je me rappelle distinctement avoir été très perplexe, c’est le moins que l’on puisse dire, sur son déroulement. Si l’idée d’étendre le jour du mariage sur les 24 épisodes était très bonne, j’avais été plus que surpris de constater qu’une partie non négligeable de la saison adressait une fois de plus la possibilité que Ted et Robin étaient fais pour être ensemble et, de fait, rares ont été les moments où j’arrivais à ne pas me demander à quoi jouaient les créateurs. Bien sûr j’expliquais cette direction narrative par une évidence : Ted devait, enfin, être mis en position de passer à autre chose avant de rencontrer sa femme.

Mais plus que tout, ce qui me faisait gamberger ; c’est l’indéniable soin pris pour charger émotionnellement leurs interactions. De telle sorte que leurs scènes ensemble avaient bien plus l’air d’être des pierres ajoutées à l’édifice de leur relation amoureuse, que d’être des traits pour tracer la route d’une éventuelle conclusion.


Qu’elle ne fut pas mon agréable surprise de découvrir que cela faisait partie du plan !


On a tous plusieurs vies dans notre vie, et la belle histoire d’amour que Ted finit par vivre avec Tracy (THE mother, magnifiquement jouée par Cristin Milioti qui arrive à habiter ce rôle de manière inoubliable en quelques scènes à peine.) n’est en rien diminuée par le fait que cette série aurait dû s’appeler « How I finally ended up with Robin ».

 

 

En vous remerciant, bonsoir !


lluBiE 0007 : Retour vers le futur

Pré Scriptum : 

 

« Nous sommes tellement esclaves du temps, de sa chronologie. A présent, je ne suis plus sûr de croire aux fins et aux commencements. »*

                                                           

Cette lluBiE aurait dû être écrite en 2017.

Avant-hier, en feuilletant mon cahier de brouillon pour y compulser les notes prises pour la prochaine critique (Spoiler alert, ce sera à propos de « Heels »), je suis tombé par hasard sur les gribouillages que j’avais amassés en regardant le film lors de ce glorieux mois de février 2017.

Je me suis donc replongé dans l’œuvre avec toute l’avidité d’un gosse qui redécouvre un jeu qu’il a tant apprécié : mes avis de 2017 et de 2021 allaient-ils coïncider ?

Sans plus attendre, voici le verdict :





Salutations,

 

La science-fiction, c’est quelque chose de différent pour pratiquement chacun d’entre nous.

Pour les uns, c’est « Predator », « Alien » ou « The thing ». Pour d’autres, c’est « Star Wars », « Le cinquième élément » ou « Les gardiens de la galaxie »

Il y en a pour qui cela se limite à « 2001, odyssée de l’espace », « l’armée des douze singes » et « eXistenZ » et il y aussi ceux qui ne vont jurer que par « Matrix », « Inception » et « Bienvenue à Gattacca », alors que...(pas besoin d'en faire un pataquès non plus, vous l'aurez compris, cette liste est non-exhaustive.)

 

Et puis il y a ceux qui, comme moi, trouvent leur compte dans tous les sous-genres. Qui vont avaler avec autant de plaisir la « hard science-fiction », le « cyberpunk » et le « space-fantasy » (pour ne citer que ces subdivisions).

 

Comme pour les chips, le plaisir tient dans le fait d’aller chercher de quoi picorer, de trouver plus ou moins facilement ce qui nous rassure et nous remplit.

Loin de moi l’idée de comparer les pommes et les poires, mais je ne vois aucun problème à supporter du Jar-jar pour profiter d’Obi-Wan, de ramer pendant 1h20 pour suivre « Primer » sans pour autant être sûr à la fin d’avoir tout compris, ou encore, n’en déplaise à mon ami N, de passer au-dessus de la froideur émotionnelle de Nolan pour m’exalter devant sa mise en scène.

Tant que la somme des qualités dépasse suffisamment celle des défauts, le plaisir, certes parfois coupable, est souvent au bout ; comme quand on finit le paquet de rondelles grasses de pommes de terre : on sait que ce n’était pas ce qu’on peut qualifier de repas équilibré, mais on en est pas moins rassasié !

 

Mais il arrive quelques fois, histoire d’en venir au fait, qu’un film de S-F soit les deux à la fois.

Un bon repas et une crasse.

 

Pour autant, « Arrival » est un film de science-fiction peu orthodoxe.

On y suit une experte en linguistique comparée (Amy Adams) à qui on demande de répondre à la question du siècle : « qu’esse qui nous veulent (d’abord) les bonshommes qui viennent de débarquer dans leurs coques volantes ?? »

Ici, point question de bataille intergalactique, de jump-scare ou de surenchère d’effets spéciaux tout court...D’ailleurs, pas besoin d’imaginer ce que le début du film aurait donné s’il avait été mis dans les mains de, pour ne citer que lui, Roland Emmerich : ne résistez pas au plaisir (coupable) de vous refaire « Independence day », et vous le saurez !

 

 

Pour sa part, Denis Villeneuve (le réalisateur) fait corps avec ses personnages, filmant sans fard la tension qui s’installe à l’annonce de l’apparition d’OVNI dans le monde entier.

On reste à échelle humaine du début à la fin, suivant le personnage d’Adams pas à pas, partageant en temps réel ses incompréhensions, ses découvertes et ses épiphanies sans aucun effet de manche. 

Avec son jeu tout en retenue mais nuancé à souhait, l’actrice compose un personnage dont le cheminement personnel a des répercussions globales, comme une ondulation de l’eau qui se transforme en vague. Devenant une sorte de Prométhée du 3éme millénaire, elle nous amène à questionner notre rapport au temps, notre croyance aveugle en sa linéarité.

En filigrane autour de ces considérations sur le déterminisme, le réalisateur nous fait la démonstration de sa maitrise de la narration en ne laissant pas de côté les répercussions que l’arrivée de visiteur d’une autre planète aurait immanquablement sur notre civilisation (la pandémie que nous subissons n’a d’ailleurs fait que renforcer son propos) : de l’équilibre géopolitique à la frénésie d’une catégorie de média, du fanatisme rampant et instantané qui se développe dans la société à la militarisation de la crise ; tout y passe à la faveur de scènes aussi sobres qu’efficaces. 

Il faut aussi souligner l’apport de la bande originale qui arrive, quasiment à elle seule, à apporter ce surplus de tension nécessaire pour nous garder sur nos orteils.

Mention spéciale à Max Richter, qui accompagne le prologue et l’épilogue à l’aide d’une mélodie dont la profondeur qui n’a d’égale que sa beauté dont il a le secret (Il m’avait complètement bouleversé avec son travail sur la série « The Leftovers »).

 

Enfin, je me dois de revenir sur Villeneuve qui, avec « Blade Runner 2049 » et « Dune », se pose décidément en messie en devenir de la S.F.

Impossible d’écrire sur ce film sans parler de sa mise en scène élégante et concise. Sous ses airs faussement low-key, son film se pare avec homogénéité de plans tout simplement magnifiques. Le genre de tableau qui fait que l’on comprend que le garçon sait comment sublimer le genre qu’il investit.

« Awe and wonder »

Voici les mots dont je me suis servi pour décrire mon sentiment en admirant certaines prises de vue.

Au final, c’est ce pourquoi je regarde de la science-fiction, pourquoi je l’adore depuis que je suis petit, et pourquoi je la regarderai encore longtemps. 

 


En vous remerciant, bonsoir !

 

 

 

 

 

 

 

 

*La traduction de ce passage est littéraire...Pourquoi ? Parce que je suis élitiste, et que celle de la version française ne me satisfaisait pas...Deal with it...

lluBiE 0006 : Mes amis, mes amours, mes emmerdes…

 

Mad Men 2

Salutations,

 

Bonne nouvelle ! Pas besoin de me prendre la tête pour vous expliquer ce qui fait de « Donald Draper » un des meilleurs personnages de l’histoire de la télévision : Tout est dans le générique de « Mad Men »…

Le plus fort c’est que ce n’était même pas l’intention des créateurs (qui, pour info, était de rendre hommage au générique d’ouverture de « La mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock et au poster du film « Vertigo »…toujours de ce bon vieux Al)

Mais, en ce qui me concerne, il est impossible de ne pas voir une symbolique très forte dans ce chef d’œuvre graphique qui ouvre chaque épisode de la série…

En fait, celui-ci est tellement parlant (voir ci-dessous) que je suis presque gêné de vous imposer une explication à mon assertion :

 

Qui est « Don Draper » ? (Si vous n’avez jamais vu la série, sachez que cette question a, au minimum, un double sens…bref)

Donald Draper est le directeur créatif de l’agence de publicité « Sterling - Cooper » sur Madison Avenue.

Marié à une femme superbe (la sublissime January Jones) et aussi docile qu’une épouse des années soixante pouvait l’être, il a deux enfants (une fille et un garçon) et une grande maison dans la banlieue New-Yorkaise.

 

Voilà pour les apparences (référez-vous au début et, surtout, à la fin du générique)

Néanmoins, il devient très vite évident que notre homme n’est pas heureux.

Je ne fais pas, bien sûr, référence au whisky qu’il s’envoie généreusement dans le gosier à longueur de journée ou aux nombreuses aventures extraconjugales qu’il entretient, car ces comportements sont plutôt inhérents aux mœurs de l’époque…Je ne veux pas, non plus, parler de son passé apparemment mystérieux et trouble, ni même, encore, au fait qu’il semble souvent s’ennuyer de son travail…

Non tout ces signes extérieurs ne sont que des symptômes d’un mal-être plus profond et, au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, il devient évident que Don se sent prisonnier de sa vie, qu’il cherche une échappatoire, une raison de vibrer, d’exister.

Comprenez moi bien, il n’est pas, banalement, enfermé dans une quelconque prison dorée ; cette sensation qui le pousse à chercher, sans cesse et souvent en vain, « autre chose » il l’a portée en lui toute sa vie…

C’est un manque indéfinissable qui le ronge de l’intérieur et la véritable tragédie de son mal-être c’est justement qu’il est incapable de l’apaiser par ce qu’il est incapable de d’identifier sa nature. Son inaptitude à discerner l’origine de cette sensation semble le condamner à faire sans cesse les mêmes erreurs.

 

Ce qui nous ramène au générique, la plus belle description que l’on puisse donner de ce mal de vivre dont nous sommes témoins est, effectivement, que Don tombe.

C’est une chute vertigineuse et apparemment sans fin dans ce vide qu’il essaye par tous les moyens de combler en lui…

Il tombe jusqu'à ce qu’un fondu noir nous ramène à l’extérieur, aux apparences : Celle d’un homme qui contrôle la situation, fumant nonchalamment sa cigarette…Magistral !

Et donc, pendant quatre saisons nous regardons Draper se débattre pour reprendre le contrôle de sa vie, cherchant une cause à défendre, une femme à aimer, un sens à son travail…

Mais (je me répète), comme il n’arrive pas à déterminer la nature de son spleen, c’est souvent en essayant de changer le cap de son existence qu’il finit par retomber dans les mêmes travers, les mêmes angoisses.

 

De fait, j’ai beaucoup de mal à imaginer qu’il en ira autrement pour sa nouvelle tentative d’aventure conjugale car, précisément, le choix de sa futur épouse (au détriment d’une relation moins « facile » qui aurait pu, sur le long terme, lui apporter, à mon sens, la « guérison ») semble n’être rien de plus qu’une tentative désespérée, une énième tentative de combler ce manque qui le tourmente…

Réponse en 2012 avec la cinquième fournée de 12 épisodes d’une série qui, au-delà de son personnage principal, est d’une qualité qui la rend, à mes yeux, incontournable.

 

En vous remerciant, bonsoir !

 

 

 

PS : Jugez plutôt –>

 

 

lluBiE 0005 : Salsa du démon

 

Salutations,

Hank Moody est l’homme le plus pitoyable jamais montré à la télévision !

Un homme qui, malgré l’amour évident qu’il porte à son « âme sœur » (Karen) et sa fille (Becca) ; malgré son envie, maintes fois énoncée de (re)former une « vraie » famille, est tout simplement incapable d’avoir une ligne de conduite qui lui permettrait d’avoir une infime chance de rencontrer ses aspirations (qui, au final, se résume à cela : avoir une vie « tranquille »).

Alors pourquoi ce diable de Moody est-il (aussi) l’un de mes héros ?

La principale raison, la plus simple, est qu’il dit toujours ce qu’il pense…peu importe les conséquences (ce qui n’est pas sans me rappeler un autre de mes héros : j’ai nommé Jerry Seinfeld).

Non seulement il dit ce qu’il pense mais, en plus, il a le bon goût d’avoir des reparties cinglantes et acérées, souvent inappropriées et manquant de tact, indécentes et jouïssives…Bref, ma dulcinée vous confirmera que, pour un sale gosse (hérétique, de surcroit) comme moi, ce type n’est pas loin de parler comme dieu en personne…

Néanmoins, je ne passe pas mon temps à envier être « Hank Moody » (même s’il est écrivain) car de cette attitude découlent, peut-être, le succès qu’il a auprès des dames mais, aussi et surtout, un nombre incalculable de problèmes…

Cela fait maintenant trois ans que nous connaissons Hank (la quatrième saison commence à peine…mais je vous en reparlerai plus tard) et je suis dans l’obligation de poser ce constat (qui motive mon introduction) : la série est dangereusement sur le point de tourner en rond…

Reprenons depuis le début, voulez-vous ?

Hank Moody était un écrivain, en mal d’inspiration, se débâtant avec le départ de son amour de toujours, la mère de sa fille, noyant son désarroi dans une série de rencontres sexuelles et autres beuveries. Très tôt dans la série, une de ces rencontres le met sur le chemin de « Mia »…La demoiselle le séduit sans trop de difficultés et finit dans son lit (lui collant, pendant l’acte, un pain magistral qui aura une importance insoupçonnable).

Le problème ? Mia a omis de dire à ce pauvre bougre que, non seulement, elle était la fille du futur mari de son ex mais, qu’en plus, elle n’avait que 16 printemps…paaas bien !

Pour faire court, Hank retrouve l’inspiration dans ce vaudeville mais la cupide Mia lui vole son livre en se livrant à un odieux chantage (elle a décidément tous les vices) : Si jamais il expose son mensonge, elle révèlera leur petit secret.

La saison s’achève avec l’image de notre héros ayant reconquis le cœur de sa belle…fin…On (les scénaristes) a mis un joli nœud rouge et tout était fini…Et, bien que cela manquait d’originalité, cette fin fonctionnait.

Seulement voilà, les « têtes pensantes » derrière « Californication » en ont décidé autrement et je dois dire que c’était une décision qui, d’un point de vue scénaristique, était très courageuse : de toucher à une aussi belle photo finale tout en sachant qu’avec un tel personnage aucun cocktail à l’eau de rose ne serait possible !

Voilà, donc, deux saisons que ce choix a été posé et dire qu’il a payé ne va pas de soi :

Oui, Hank a continué à être lui-même tout en gardant une chance plus ou moins cohérente au bonheur auquel il aspire, et ce, malgré les innombrables catastrophes qu’il s’attire

…mais…

Puisqu’on parle des innombrables catastrophes qu’il semble attirer autant qu’un tas de fumier attire les vaches, il faut bien avouer que cette accumulation de situations improbables commence à être redondante, presque ennuyeusement prévisible.

Moody tourne en rond : comme il n’est jamais vraiment loin de son but, il y travaille de plus en plus fort…sans jamais pouvoir l’atteindre car il n’est jamais, non plus, très loin de dire ou faire une connerie qui l’éloignera un peu plus de son objectif…Et donc, pour reformuler correctement ma première phrase, Hank Moody est la marionnette de scénaristes n’arrivant pas (ou ne voulant pas) à se décider entre deux directions.

A savoir : Soit il fait tout ce qu’il peut pour accéder à son nirvana, soit il assume sa glissade sur la pente de la « débauche » (et j’utilise de très gros guillemets).

Au lieu de cela, nous avons un homme tiraillé entre les deux, faisant l’équilibriste entre deux vies aussi incompatibles que les pratiques scatophiles chez un prêtre. Même si, honnêtement, cela a fonctionné de manière bancale, certes, toujours à un cheveu de totalement s’écrouler sous le poids de la répétition, c’est vrai, mais cela a fonctionné…Je pose, humblement, la question : Combien de temps encore ?

Ce qui sauve la série : sa principale qualité, est qu’elle ne « fuit  pas », elle n’enterre pas les (« mauvaises ») actions de Hank dans un trou et, tôt ou tard, notre virtuose de la machine à écrire est confronté aux conséquences de sa façon de vivre.

Loin de constituer un accès débordant de puritanisme nauséabond (tu as péché àtu dois payer), le fait que Hank Moody, tout comme Mr-tout-le-monde, doive rendre des comptes, à un moment ou un autre, est une bouffée d’oxygène pour le « show ». Cela donne au personnage un bagage émotionnel plus ancré dans la réalité, c’est autrement plus crédible que si ce véritable aimant à femmes « en chaleur », bagarreur (qui gagne presque toujours) grande gueule et écrivain respecté (malgré sa carrière déclinante) ne souffrait jamais d’un comportement aussi « borderline ».

Et donc, à la fin de la troisième saison, Moody se voit obligé d’avouer à Karen qu’il a couché avec une gamine de 16 ans. Cette fois-ci, j’ose espérer (que ce soit en bien ou en mal) que plus rien ne sera pareil pour lui…

En vous remerciant, bonsoir !

lluBiE 0004 : On ira (pas) tous au paradis…

 

The-White-Stripes-ph01

Salutations,

C’est donc officiel, Jack et Meg white ont décidé d’entériner la mort Clinique des “White Stripes” (c’était déjà en 2007) : Entre leur unique apparition « live » et leurs vagues insinuations de « remise au travail », la « fratrie » n’avait, de toute façon, pas laissé beaucoup d’espoir à leurs fans…

La question mérite d’être posée : Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

La douce-amère réponse est : c’est une bonne nouvelle…

Je vais même aller plus loin : idéalement, ils auraient déjà dû « splitter » après avoir sorti « Get Behind Me Satan » (2005) qui représente, selon moi, le pinacle de ce que les « White Stripes » avaient à nous offrir artistiquement (ne vous méprenez pas, j’ai adoré « Icky Thumb » (2007) mais, pour rester gentil, cet album avait déjà des allures de « best of » : voici ce qu’on fait de mieux)

Je m’explique : La fascination de Jacko pour le chiffre 3 est (quasiment) légendaire et, pour ceux qui l’ignorent, il s’est, par extension, toujours imposé de ne jamais le dépasser en matière du nombre « d’instruments » (donc : batterie, guitare, chant). Ce précepte est arrivé à ébullition avec « White Blood Cell » (2001) qui constitue (pour sa part) le sommet que cette restriction pouvait restituer en matière de son « White-Stripien » (c'est-à-dire une sorte d’enfant bâtard entre le « Punk » et le « Blues ») qui, de manière argumentable, a été réchauffé pour « Elephant » (2003)…Non, ne me lynchez pas, je sais que je vais (un peu) loin en écrivant cela mais ce qui est dit est dit : « Elephant » a beau avoir accouché de « Seven Nation Army » (entre autres bombes), il reste tout de même un cran en dessous de son prédécesseur car, au final, il ne fait que remettre, un peu inutilement, les plats en présentant une recette arrivée à maturation après seulement deux essais (« The White Stripes » en 2000 et « De Stijl » en 2000).

Dans mon fort intérieur, je suis convaincu que Jack a dû se sentir libéré quand il a eu l’idée d’utiliser le marimba, piano et autre mandoline…Non seulement il a réussi à maintenir son concept (jamais plus de 3 instruments ne sont utilisés) mais, en plus, il est arrivé à livrer un album qui, tout en étoffant sa gamme de sonorité, gardait la spontanéité qui caractérise le groupe (réaffirmant, par la même occasion, en utilisant, par exemple, un marimba pour faire « pogoter » les masses que le « Rock » c’était, aussi, un état d’esprit et pas bêtement faire « cracher » sa guitare). Cette sensation d’urgence, cette immédiateté était, par-dessus tout, ce qui mettait la « fratrie » à part…Bien sûr rien n’était parfait chez eux mais au moins tout était « vrai »…

Ce qui m’amène à me poser la deuxième question (qui mérite d’être posée) : A la lumière de ce qui avait été proposé avec « Icky Thumb » (qui, je le répète, était bon mais un tantinet éculé), est-ce que les « WS » avaient encore quelque chose de « vrai » à nous offrir ?

Un début de réponse nous avait été offert par « the man » lui-même en Avril 2010 dans une interview où il déclarait qu’il serait : « étrange de retourner vers les ‘stripes’…Je devrais sans doute repartir sur une autre base… »

En traduisant, soit ils prenaient une autre direction, soit ils sortaient un disque insipide…Le problème étant que les « WS » ont toujours eu un son unique et une identité bien marquée (et ce dès le début avec un « The White Stripes » (l’album) sorti de nulle part, d’une honnêteté presque brutale et d’une puissance, pour moi, jamais égalée par la suite) et leur enlever cela revenait à leur enlever leur âme…Il a fallu 9 mois à Jack et Meg pour arriver à la même conclusion, déclarant sur leur site qu’il voulait : « Préserver ce qu’il y avait de beau et de spécial dans le groupe », ils se séparent donc…

La volonté de ne pas souiller ce qui avait fait de ce groupe plus qu’un « groupe de plus » et de rester à jamais « THE White Stripes » a été la plus forte… »Mieux vaut s’embraser, que brûler à petit feu » (comme disait l’autre)

Même si je n’ai aucun doute sur le fait que des « inédits » vont commencer à sortir sous peu, ce constat est donc courageusement appliqué par le couple (maintenant que c’est fini, ne jouons plus avec les faux-semblants) de Detroit mais laisse un gouffre énorme dans le paysage du « Rock ».

Loin de moi l’idée de me lancer dans un énième « Rock is Dead » mais je trouve tout de même l’interrogation pertinente : Qui est capable aujourd’hui de sortir un album de la qualité, de la brutalité, de la folie et de la candeur qui caractérisaient ceux des « WS » ? (ma question ne s’applique, évidemment, qu’à la scène « mainstream »)

…Je ne peux que constater que la réponse n’est pas si évidente que cela et au risque de passer pour un sentimental ou d’être mélodramatique, je pense sincèrement que nous (les amateurs de musique) sommes maintenant orphelins d’un « son » et d’une attitude que l’on ne retrouvera pas de sitôt (la recherche constante de la sincérité, même au détriment de la perfection).

C’est peut-être niai de ma part mais, à cette époque où les modes défilent à la vitesse du wifi, nous forçant sans cesse à avaler quelque chose de nouveau alors que l’on n’a pas fini de mâcher l’ancien… Il est quelques fois bon de stopper « la machine » de Mr Hollywood pour consacrer, adouber ce que l’on trouve important ; pour penser à ce que nous voulons passer aux générations futures et, pour ma part, les « WS » en font partie.

Dans leur message, Jack et Meg nous assurent que le groupe et leur musique nous appartiennent maintenant et je crois que ce qu’il faut faire en premier, c’est la transmettre. S’arrêter un temps suffisant avant de, déjà, passer à autre chose pour s’assurer qu’elle reste pour toujours à sa place : Au panthéon du Rock…

En vous remerciant, bonsoir !

lluBiE 0003 : ayez pitié de lui






Salutations,


Qu’est qui fait de nous des êtres humains ?

Sans avoir l’air d’y toucher, voici la question (tout de même assez profonde) que ‘Dexter’ (la série) nous pose tout en nous narrant les péripéties d’un tueur en série.
Car le traumatisme majeur qu’a subi notre héros (ou antihéros, selon le coté de la ligne ou vous vous trouvez) durant sa petite enfance (essayez de rester enfermé pendant des jours dans un conteneur en compagnie de votre mère qui a été préalablement découpée à la tronçonneuse et nous verrons comment vous vous débrouillez dans la vie…) l’a complètement changé…Dexter déclare à maintes reprises qu’il ne croit pas « être » humain…Mais est ce vraiment la vérité ? Quand nous le rencontrons Dexter, il parait froid et (pour être honnête) répugnant.
Néanmoins, très vite, notre jugement est remis en question et nous force à sonder notre définition de ce qui fait « l’humanité » de quelqu’un. Dex prétend ‘simuler’ ses sentiments et ses interactions avec ce qu’il appelle les ‘êtres humains’…Il les simule d’ailleurs tellement bien que tout le monde est convaincu d’être en face d’un type, certes un peu ennuyeux, mais fondamentalement ‘bon’ Je repose donc la question : Qu’est qui fait de nous des être humains ? Ou autrement dit : Est-ce que choisir de dire que Dex fait semblant d’être humain ou de dire que Dex EST un être humain n’est il pas, au fond, juste une question de sémantique ?

En fait, plus on avance dans les saisons moins la différence entre les 2 est discernable. Sur le court des quatre années que nous passons avec lui, nous voyons Le ‘serial killer’ se remettre encore et encore en question, se demandant sans cesse la nature exacte des sentiments dont il fait l’expérience, essayant désespérément d’établir une connexion avec un(e) autre. Que ce soit avec son psychopathe de frère Rudy, la bombe sexuelle pyromane Lila ou le non moins psychopathe procureur d’Etat Miguel Prado, Dexter a faim d’être accepté pour ce qu’il est par ceux qu’il pense être ses ‘pairs’ et si chacune de ces 3 tentatives échoue parce ceux-ci veulent voir en Dex quelque chose qu’il n’est pas et surtout, parce Dex lui-même n’arrive pas à accepter que ceux qui le voit comme un être humain (sa sœur Debra, se femme Rita et son ami Angel pour ne citer qu’eux) sont ses véritables ‘pairs’…D’ailleurs, il finit par réaliser que les connexions qu’il a tant cherché, il les a, en fait, déjà établie…A un moment (je ne rappelle plus exactement à la fin de quelle saison) il conclut même être ‘un concept transformé en réalité’…ce qui revient à dire que se comporter comme un être humain, c’est en ÊTRE un… Il pense se battre pour la recherche de son humanité alors que tout ce qu’il fait c’est l’enrichir un peu plus à chaque fois qu’il surmonte un obstacle…c’est ce qu’on appelle la maturité Dex, ne t’en fais pas ! Cela fait partie des choses qui nous arrivent en tant qu’être humain!

Plus que tout le reste c’est cette évolution de Dexter (mais aussi, tout particulièrement, les toutes dernières secondes de la 4ème saison) qui donne à la série une âme qui lui survivra longtemps après qu’elle soit déprogrammée. Le point culminant de cette évolution est (à mon avis) atteint lors de la dernière conversation entre Dex et Rita. Tout au long de cette saison leur emménagement ensemble force notre homme à montrer un peu plus sa vraie personnalité à son épouse, passant quelques fois près du point de non retour. Mais lors de ce dernier aparté il se rend compte que Rita sera toujours là pour lui, mieux encore : elle a confiance en sa capacité à ‘conquérir ses démons'.
Ce dernier moment de tendresse constitue vraiment le pinacle de leur relation et donne une résonance émotive quasiment dantesque à la dernière scène. Et puis il y a Harrison, l’image de ce petit bonhomme baignant de le sang de sa mère est certainement une des (si pas LA) scène le plus bouleversante qu’il m’aie été donné de regarder. La puissance du drame, faisant écho à la tragédie qu’a eue à endurer Dexter, arrivant alors que celui semble prêt à faire taire son ‘Passager sombre’, son ‘démon’ nous fait ressentir une empathie presque sans limite pour le tueur… Voilà bien un tour de force, qui mérite de passer au panthéon de la télévision.


En vous remerciant, bonsoir !