lluBiE 0007 : Retour vers le futur

Pré Scriptum : 

 

« Nous sommes tellement esclaves du temps, de sa chronologie. A présent, je ne suis plus sûr de croire aux fins et aux commencements. »*

                                                           

Cette lluBiE aurait dû être écrite en 2017.

Avant-hier, en feuilletant mon cahier de brouillon pour y compulser les notes prises pour la prochaine critique (Spoiler alert, ce sera à propos de « Heels »), je suis tombé par hasard sur les gribouillages que j’avais amassés en regardant le film lors de ce glorieux mois de février 2017.

Je me suis donc replongé dans l’œuvre avec toute l’avidité d’un gosse qui redécouvre un jeu qu’il a tant apprécié : mes avis de 2017 et de 2021 allaient-ils coïncider ?

Sans plus attendre, voici le verdict :





Salutations,

 

La science-fiction, c’est quelque chose de différent pour pratiquement chacun d’entre nous.

Pour les uns, c’est « Predator », « Alien » ou « The thing ». Pour d’autres, c’est « Star Wars », « Le cinquième élément » ou « Les gardiens de la galaxie »

Il y en a pour qui cela se limite à « 2001, odyssée de l’espace », « l’armée des douze singes » et « eXistenZ » et il y aussi ceux qui ne vont jurer que par « Matrix », « Inception » et « Bienvenue à Gattacca », alors que...(pas besoin d'en faire un pataquès non plus, vous l'aurez compris, cette liste est non-exhaustive.)

 

Et puis il y a ceux qui, comme moi, trouvent leur compte dans tous les sous-genres. Qui vont avaler avec autant de plaisir la « hard science-fiction », le « cyberpunk » et le « space-fantasy » (pour ne citer que ces subdivisions).

 

Comme pour les chips, le plaisir tient dans le fait d’aller chercher de quoi picorer, de trouver plus ou moins facilement ce qui nous rassure et nous remplit.

Loin de moi l’idée de comparer les pommes et les poires, mais je ne vois aucun problème à supporter du Jar-jar pour profiter d’Obi-Wan, de ramer pendant 1h20 pour suivre « Primer » sans pour autant être sûr à la fin d’avoir tout compris, ou encore, n’en déplaise à mon ami N, de passer au-dessus de la froideur émotionnelle de Nolan pour m’exalter devant sa mise en scène.

Tant que la somme des qualités dépasse suffisamment celle des défauts, le plaisir, certes parfois coupable, est souvent au bout ; comme quand on finit le paquet de rondelles grasses de pommes de terre : on sait que ce n’était pas ce qu’on peut qualifier de repas équilibré, mais on en est pas moins rassasié !

 

Mais il arrive quelques fois, histoire d’en venir au fait, qu’un film de S-F soit les deux à la fois.

Un bon repas et une crasse.

 

Pour autant, « Arrival » est un film de science-fiction peu orthodoxe.

On y suit une experte en linguistique comparée (Amy Adams) à qui on demande de répondre à la question du siècle : « qu’esse qui nous veulent (d’abord) les bonshommes qui viennent de débarquer dans leurs coques volantes ?? »

Ici, point question de bataille intergalactique, de jump-scare ou de surenchère d’effets spéciaux tout court...D’ailleurs, pas besoin d’imaginer ce que le début du film aurait donné s’il avait été mis dans les mains de, pour ne citer que lui, Roland Emmerich : ne résistez pas au plaisir (coupable) de vous refaire « Independence day », et vous le saurez !

 

 

Pour sa part, Denis Villeneuve (le réalisateur) fait corps avec ses personnages, filmant sans fard la tension qui s’installe à l’annonce de l’apparition d’OVNI dans le monde entier.

On reste à échelle humaine du début à la fin, suivant le personnage d’Adams pas à pas, partageant en temps réel ses incompréhensions, ses découvertes et ses épiphanies sans aucun effet de manche. 

Avec son jeu tout en retenue mais nuancé à souhait, l’actrice compose un personnage dont le cheminement personnel a des répercussions globales, comme une ondulation de l’eau qui se transforme en vague. Devenant une sorte de Prométhée du 3éme millénaire, elle nous amène à questionner notre rapport au temps, notre croyance aveugle en sa linéarité.

En filigrane autour de ces considérations sur le déterminisme, le réalisateur nous fait la démonstration de sa maitrise de la narration en ne laissant pas de côté les répercussions que l’arrivée de visiteur d’une autre planète aurait immanquablement sur notre civilisation (la pandémie que nous subissons n’a d’ailleurs fait que renforcer son propos) : de l’équilibre géopolitique à la frénésie d’une catégorie de média, du fanatisme rampant et instantané qui se développe dans la société à la militarisation de la crise ; tout y passe à la faveur de scènes aussi sobres qu’efficaces. 

Il faut aussi souligner l’apport de la bande originale qui arrive, quasiment à elle seule, à apporter ce surplus de tension nécessaire pour nous garder sur nos orteils.

Mention spéciale à Max Richter, qui accompagne le prologue et l’épilogue à l’aide d’une mélodie dont la profondeur qui n’a d’égale que sa beauté dont il a le secret (Il m’avait complètement bouleversé avec son travail sur la série « The Leftovers »).

 

Enfin, je me dois de revenir sur Villeneuve qui, avec « Blade Runner 2049 » et « Dune », se pose décidément en messie en devenir de la S.F.

Impossible d’écrire sur ce film sans parler de sa mise en scène élégante et concise. Sous ses airs faussement low-key, son film se pare avec homogénéité de plans tout simplement magnifiques. Le genre de tableau qui fait que l’on comprend que le garçon sait comment sublimer le genre qu’il investit.

« Awe and wonder »

Voici les mots dont je me suis servi pour décrire mon sentiment en admirant certaines prises de vue.

Au final, c’est ce pourquoi je regarde de la science-fiction, pourquoi je l’adore depuis que je suis petit, et pourquoi je la regarderai encore longtemps. 

 


En vous remerciant, bonsoir !

 

 

 

 

 

 

 

 

*La traduction de ce passage est littéraire...Pourquoi ? Parce que je suis élitiste, et que celle de la version française ne me satisfaisait pas...Deal with it...

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