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criTiQue 0049 : c'est mathématique








Salutations,



Une fois n’est pas coutume, on va commencer cette critique pour une petite expérience mentale.
Ne vous inquiétez pas, ça ne fera pas mal !
Prêt ?

Alors voilà, il faut vous imaginer en train de vous promener…Il fait beau, tout va bien, quand, tout à coup, vous tombez sur une ancienne connaissance…
Au départ, vous êtes content, vous êtes en mode ‘Patrick Bruel’ : « T’as pas changé ! Qu’est-ce que tu deviens ? Tu t’es marié, t’as trois gamins ! »
Nostalgie, quand tu nous tiens…
Pourtant plus la conversation traine en longueur, plus vous avez du mal à vous rappeler comment vous avez pu trainer si longtemps avec cette personne…
Vous ne savez pas très bien si c’est vous ou votre interlocuteur qui a changé, mais peu vous importe, vous n’avez plus qu’une idée en tête : il faut que cette conversation gênante se termine le plus vite possible !

Si ça vous est déjà arrivé, ou si vous avez l’imagination assez agile pour vous mettre en situation ; alors vous comprendrez sans problème ce que j’ai ressenti en regardant ‘The cleaning lady’ !
« Aaah cette bonne vieille ‘network’ tv !
Comme cela faisait longtemps que je t’avais regardée ! De te revoir, là comme ça, ça me rappelle le bon vieux temps… »
Ça, c’est ce que je me suis dit au début de l’épisode…
Et si vous avez bien réalisé l’expérience mentale, vous comprendrez comment je me sentais à la fin…
Là, vous me dites: « c’est bien beau ton histoire, mais c’est quoi la ‘network tv’ ??? »
Votre question est légitime et je m’en vais donc vous expliquer :

Si je voulais grossir le trait, je dirais que ce sont les séries tv produites par les pendants américains de ‘TF1’, ‘France 2’, ‘La Une’ et consort.
Et qu’elle est la différence avec les autres ? Avec leurs demi-sœurs produites par les chaines câblées (les pendants américains de ‘Canal +’, par exemple, ‘HBO’, Showtime ou ‘Starz’) ou leurs cousines streaming (‘Netflix’, ‘Prime’ ou ‘Apple TV+’) ?
Là encore, si je voulais schématiser, je répondrais un peu platement : la liberté !
Mais de quelle liberté tu parles ?
De la liberté de faire ce que tu veux, Jean-Pierre !
Tu veux faire un épisode de 1h12 suivi d’un épisode de 53 minutes ?
Pas de problème !
Tu veux que ton personnage puisse fumer comme un pompier ?
Si ça te chante !
Tu veux montrer que ton héros est un homme avec un grand ‘H’ à grand renfort de gros plans sur ce qui se cache dans le string de toutes ces femmes qui sont bien évidemment incapables de lui résister ?
Fais-toi plaisir !
Une fois que tu as reçu leur ‘feux vert’, tu peux faire tout ce dont tu rêves la nuit avec les demi-sœurs câblées et les cousines streaming de la network tv !

Et sans coupure pub !

Tout ça pour dire que j’avais presque oublié ce que ça faisait de regarder une série si manifestement soumise à des formules toutes faites.
Comme souvent, le mot exact que j’aurais voulu utiliser est anglais : « formulaic » ; et après réflexion, puisque que je ne peux décemment pas utiliser ‘formulaïque’, j’ai remplacé par trois mots ! (toute l’efficacité de la langue française)
Bon, c’est bien joli d’ergoter sur la sémantique, mais finalement, de quoi parle-t-on ? Qui est donc cette titulaire ‘cleaning lady’ ?

C’est l’histoire de Thony De La Rosa, médecin philippine vivant illégalement aux Etats-Unis.
Elle crèche aux States sans permission car son fiston est gravement malade : il a besoin de soins pour sa moelle dont l’accès est aussi difficile que couteux.
Ne pouvant exercer sa profession sans permis de séjour, elle joint les deux bouts en travaillant dans une société de service de nettoyage.
Tout bascule pour elle quand, un soir, elle est témoin d’un meurtre…Sur le point d’être exécutée, elle propose de débarrasser les lieux du méfait de toute trace d’homicide.
Elle devient alors « the cleaning lady » attitrée d’un cartel de crime organisé.

Comme vous le lisez, on ne s’est clairement pas embarrassé du souci de vraisemblance sur ce coup-là…On est encore sur un des marqueurs de la ‘network tv’ : les prémices WTF… Pour ne citer qu’un exemple, à peu près tout et n’importe qui est susceptible de devenir consultant à la police (y compris le diable en personne…)
Ici, comme souvent donc, il faut déjà arriver à passer au-dessus de l’absurdité de la chose pour tenter de passer un bon moment.
Néanmoins, ce n’est pas dans mes habitudes de me montrer fine bouche et je ne vais pas commencer maintenant : Elodie Yung (‘Elektra’ dans ‘Daredevil’) fait de l’excellent travail et le pilote était plaisant à regarder, complétant une à une les étapes qui sont censées fidéliser un publique.
La gageure n’est d’ailleurs pas négligeable : ce sont 22 épisodes (en moyenne) auxquels il faut trouver une audience pendant 1h ! (publicité comprise s’entend ; un épisode de ‘network tv’, c’est entre 42 et 45 minutes ! Pas plus, pas moins !)

C’est là que les fameuses formules toutes faites interviennent (attention la tête, on va faire un peu de math) :

A
(personnage doué mais lambda à qui il arrive une choses hors du commun) + B(Ce personnage a un trauma personnel) + C(des rebondissements inattendus ne cessent de se mettre en travers du personnage…c’est généralement là qu’intervient le ‘méchant’ de l’histoire) + D(des personnages secondaires décalés et/ou attachants aident le principal) = Y (d’une manière ou d’une autre, la résolution des problèmes du personnage se déroule dans le dernier acte)

Ce qui fait :
A+B+C+D=Y
Ça, c’est pour le premier épisode.

Vous pouvez ensuite appliquer :
B(on étoffe le trauma du personnage) + C(les rebondissements) + D(les personnages secondaires font toujours une apparition) + E(les enjeux auxquels le personnage fait face augmentent graduellement jusqu’au ‘Season Finale’) = Y(excepté les rares épisodes en deux parties, on arrive invariablement à la résolution des problèmes)
Copier- coller maintenant cette formule (B+C+D+E=Y) sur autant d’épisodes qu’on vous a commandé 
(n) et ce jusqu’au dernier de l’année où vous ajoutez simplement un twist final (T) pour jeter un pont vers la saison suivante (Z)
 
Ce qui donne donc : (
B+C+D+E)n+T=Z
Et voilà pour le dernier épisode.

Facile, non ?

Allez-y réfléchissez un peu, vous avez souvent vu ces formules toutes faites appliquées dans les séries que vous regardez sur ‘RTL-TVI’ ! (ou sur ‘M6’ si vous lisez depuis la France…)
Loin de moi l’idée de dire que ces séries sont mauvaises, elles sont souvent divertissantes ; et ‘The cleaning lady’ fait sans aucun doute le job.
Cependant, il va lui falloir quelque chose en plus pour s’élever au rang des grandes séries de ‘network tv’ (ce n’est pas un secret, en ce qui me concerne,
LOST est un sommet) : un facteur X !
Ce facteur qui donne un côté imprévisible aux formules toutes faites…

Vous voyez, c’est pas compliqué la ‘network tv’ : c’est mathématique !



En vous remerciant, bonsoir !



criTiQue 0047 : de deux choses Lune








Salutations,


En regardant ‘Kingdom’ (Dans la Corée du 16ème siècle, un mal mystérieux sévit : les morts reviennent à la vie…rien que ça…) en 2019, j’étais bien loin de me douter que ‘Netflix’ allait devenir ‘the place to be’ pour les productions coréennes. (Ou, plutôt, que les productions coréennes allaient devenir ‘the thing to watch’…mais bref)

Depuis, entre autres, ‘Dr Brain’, ‘Hellbound’ (tant que j’y suis, petite annonce : ‘Hellbound’ passera certainement sous les projecteurs de mon salon…) et l’inévitable ‘Squid game’ ont quasiment réussi à nous faire plus parler de la Corée du Sud que de l’autre ! (Merci Mr Streamy : le temps passant, on est de plus en plus comme mon chien sur le bord d’une route : rien de tel pour lui faire oublier la voiture contre laquelle elle aboie qu’une autre voiture qui roule dans le sens inverse).
Et ce n’est pas prêt de s’arrêter : en 2022, ce ne sont pas moins de 25 films ou séries coréennes qui vont arriver sur la plateforme de streaming !
‘The silent sea’ était donc tout autant dans mon radar que dans celui des autres centaines de millions d’abonnés ‘Netflix’ et, pour votre plus grand plaisir, je me suis enfin décidé à vous faire part de mon avis !

Imaginez la terre quasiment exsangue d’eau, presque complètement aride ; où l’on doit faire la file pendant des heures pour avoir une maigre ration de flotte… (Et si vous n’y arrivez pas, patientez encore quelques décennies, vous aurez peut-être une meilleure idée de ce dont je parle…) C’est le monde dans lequel les protagonistes de cette énième production nous venant de l’Est vivent et ça n’a pas l’air de rigoler tous les jours : ils en sont réduits à euthanasier les toutous ! (si madame ! c’est comme je vous le dis !) (Ceci étant dit, ils continuent à rouler en voiture, donc ça ne va pas si mal que ça…)
Dans pareille situation, quelques soient les causes du problème, l’humain a souvent tendance à se tourner vers les étoiles pour résoudre ledit problème et c’est naturellement ce qui a été tenté il y a 5 ans via une mission habitée sur la Lune.
Mais, vous l’avez vu venir, la mission a foiré !
Que s’est-il passé ?
Bin on sait pas !
Et comment qu’on va arranger ça ?
Bin en renvoyant une équipe de sauvetage !
Equipe qu’on va soigneusement préparer au challenge qui l’attend en lui donnant toutes les informations dont on dispose… (Qui, pour rappel, sont : aucune, et aucune…)
On ne voit pas comment tout ça pourrait mal tourner, n’est-ce pas ?

J’exagère légèrement, on leur explique quand même que, tant qu’ils sont là-bas tout là-haut sur la lune, ce serait sympa de rapporter des capsules contenant une « substance inconnue » (bin voyons).
Ils n’ont donc aucune idée de ce qu’ils vont trouver une fois qu’ils vont alunir et ils ne peuvent pas compter sur le seul gars qui est revenu de la mission précédente : il est quasiment neurasthénique.
Quant à nous, spectateurs avisés que nous sommes, on sait pertinemment où tout cela va mener : maladie mystérieuse…contagion…zombification…parasite extraterrestre…spores… On ne sait pas exactement quoi, mais le résultat est le même : la dernière chose à faire, c’est d’ouvrir la porte de ‘Balhae’ (la base lunaire avec laquelle on a perdu le contact)
On trouve un peu de tout de cette ‘agence tout risque’ ; dont ce qui semble être le quota obligatoire de personnages aussi loufoques que puérils dans les séries coréennes… Mais passons, après tout, the 'A-team' avait ‘Looping’…
Pilote, ingénieur, docteur,… donc du beau monde tout de même pour cette mission et on nous montre assez rapidement que le huis clos qui se profile ne sera pas triste : on identifie tout suite le leader prêt à tout pour réussir la mission, les questionneurs qui comprennent que la mission comporte trop de zones d’ombres et les rebelles qui ne peuvent s’empêcher de poursuivre leur propre objectif au détriment de la mission.
« L’astrobiologiste » de cette aventure (jouée par Donna Bae, clin d’œil aux fans de ‘Sense8’) fait partie de la dernière catégorie : elle est partie pour savoir ce qui est arrivé à sa sœur et n’en a que faire des mystérieux échantillons que son équipe est censé rapporter.

Voilà le décor planté…
Je pensais être devant un bon vieux suspense doublé d’un mystère dans un monde apocalyptique… Tout ça dans l’espace !
Pourtant ce n’est pas ce que j’ai vu…
Ce que j’ai regardé, c’est un crash de navette sans suspense suivi d’une randonnée lunaire sans mystère entrecoupé de flashbacks sans apocalypse… Bon, d’accord, ça se passait dans l’espace ; mais vous aurez compris, je n’ai pas été emballé pour autant !
J’aurais sincèrement voulu, mais j’ai passé plus de temps à questionner la pertinence de ce que je voyais qu’autre chose : à un moment, on perd carrément une plombe à les voir marcher sur la lune et la série essaye sérieusement de nous faire avaler qu’il y a un quelconque enjeu dans ce hiking sous oxygène… (Genre : ouuuuuh, ils vont peut-être ou pas en manquer !!!)
N’y avait-il pas un moyen plus captivant de les coincer sur notre satellite tout en faisant mourir la seule personne qui pouvait les rencarder que ce crash qui les force à faire une marche au clair de terre ?
Je pense que poser la question, c’est y répondre…
Car oui, spoiler alert, le seul survivant des évènements qui se sont déroulés sur ‘Balhae’ il y a un lustre meurt avant d’avoir eu une quelconque utilité…
Enfin, je ne suis pas de bon compte, rendons justice à ce personnage ! Il lâche un : « Eau…surtout pas eau ! » qui mérite de figurer dans les annales des avertissements les plus bidons de tous les temps !
J’aime bien en faire des tonnes, mais je vais m’arrêter là, je pense que c’est clair : je n’ai pas vraiment eu droit à un bon moment de télévision.

Bien sûr, les séries de streaming sont souvent pensées comme un long film et tout ce que je réclame d’une histoire avait largement le temps de s’installer au gré des épisodes… Mais je passe mon tour, traitez-moi de vieux de la vieille si ça vous chante, mais un premier épisode se doit de remplir sa fonction d’introduction (des personnages comme de l’intrigue) de manière efficace et ambitieuse ! (« Yellowjackets », histoire d’utiliser l’exemple d’une série que j’ai regardée en 2022, est une excellente illustration de ce propos…)

Alors, de deux choses l’une :

Soit, le show prend un temps infini pour en arriver au fait (le deuxième épisode n’a rien fait pour corriger cette impression) et c’est pour moi un ‘dealbreaker’ ; soit c’est tout simplement mauvais et je n’ai même pas besoin de vous donner la conclusion que j’en tire.


En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0041 : on prend les mêmes ?

 



Salutations,



Ceux qui, comme moi, sont dans la fleur de l’âge s’en rappelleront : l’an 2000 a célébré l’arrivée d’une nouvelle ère télévisuelle.

Une ère qui voulait amener la télévision à un nouveau standard de qualité, tant scénaristiquement que visuellement ; un niveau d’exigence et de moyen qui comblerait l’écart entre le petit et le grand écran. Cet effort a été rendu possible en grande partie par l’avènement des chaines câblées (‘HBO’ En tête) qui ont entrainé dans leur sillage tout le paysage audiovisuel et a complètement révolutionné la manière dont nous consommons les histoires.

On a appelé cette ère « l’âge d’or » de la télévision et il a vu des séries toutes plus iconiques les unes que les autres voir le jour. On parle ici d’une télévision qui était pensée comme un objet d’art, destinée à être uniquement appréciée par les esthètes, qui arborait fièrement une étiquette ‘Premium’. (Des séries comme ‘Soprano’ ‘The wire’ ou ‘Six feet under’, incidemment toutes produites par ‘HBO’, en sont le porte-drapeau). C’était une époque où seules quelques séries par an devenaient mondialement connues, et elles sont directement responsables du succès des ‘chaines à payage’. Imaginez, c’était avant ‘Netflix’ !

J’ai vécu cette période en tant que spectateur et je peux vous dire que ça a été un sacré voyage : voilà maintenant presque 20 ans que je suis assidument ce qui se passe sur le petit écran et j’étais bien en peine d’imaginer la pléthore d’histoires et de mondes aussi divers que variés qui verraient le jour dans ce laps de temps...


Mais pourquoi diable est-ce que je vous parle de tout cela ?


Parce que cette machinerie a tellement bien mouliné qu’elle s’est retrouvée à court de carburant, et que cela fait déjà quelques années que Mr Streamy s’est vu obligé d’avoir recours aux ‘reboots’ (voir au ‘soft-reboots’) et autres ‘revivals’ !

(On pensera ce que l’on veut de cette tendance aux allures d’aveux de perte totale d’imagination, mais cela ne change pas le fait qu’elle continuera de nous être imposée encore quelques années au moins...Je ne vois donc pas l’utilité de pleurnicher sur 3 pages…)

Ce qui m’amène au sujet de cette criTiQue : les ‘4400’ 

Les ‘4400’ est une des premières séries (la toute première était ‘Taken’ avec une toute jeune Dakota Fanning) que j’ai pu voir quand, enfin, j’ai eu les moyens de me payer une chaine payante (BETV pour ne pas la nommer) et c’est avec une certaine nostalgie, une impression particulière de boucler une boucle que je me suis plongé dans son ‘reboot’ hier soir.

J’ai tenté de la regarder sans penser à sa prédécesseur (qui, restons honnêtes, après 2 saisons de plus ou moins bonne facture est un peu partie en cacahuète) et je dois dire que j’ai bien été aidé par une prise de possession décidée de la showrunner qui n’a pas eu la prétention de cacher qu’on partait bien de la même histoire mais à quand même tenu à en faire la sienne.


Quelle est cette histoire ?

4400 personnes disparaissent sans laisser de trace. Quand ils réapparaissent en 2021 sans avoir vieilli, certains des décennies après avoir vraisemblablement quitté la surface de la terre, personne, (pas même eux) n’a aucune notion de ce qu’il leur est arrivé...Certains vont vite découvrir qu’ils sont revenus avec des pouvoirs spéciaux.

On part donc sensiblement sur les mêmes bases. Reste à savoir comment va se remplir ce puzzle aux contours similaires…

Mais avant de continuer, car il faut bien qu’on en parle (impossible de faire autrement, non ?) ; le casting est quasiment exclusivement composé d’acteur et actrice Afro-américain(e)s. 

Eeeeeet, maintenant, LA question CAPITALE du moment !

Alors…‘Woke’ ou pas ‘Woke’ ?

Si si, je vous assure que c’est important pour tout un tas de personnes !

...Mais pas pour moi, désolé…

Je m’en tamponne carrément le coquillage, je n’ai pas envie d’avoir ce débat ici, d’argumenter pour ou contre la portée du message qui est hypothétiquement lancé avec cet ensemble de personne de couleur et, si c’est votre came, je vous invite donc à aller lire les noooooooombreux autres articles/critiques/billets où la question est débattue.

La série ne semble pas (en tout cas pas dans les deux premiers épisodes) en faire un cheval de bataille scénaristique et à moins que cela ne change, je ne vois pas l’intérêt d’en parler plus longtemps…

Les commentaires sociaux sont toutefois devenus inévitables dans une série et j’espère d’autant plus qu’ils ne deviendront pas un gimmick ici (comme, par exemple, les bracelets moniteurs aux chevilles des ‘réapparus’ qui est une image forte mais facile) 

Avec autant de personnages potentiels (4400 personnages, c’est beaucoup) il nous faut des points de focalisation...Et quoi de plus universel qu’une famille déchirée ? 

C’était déjà le cas avec la version précédente, où le neveu (ou son fils, je ne sais plus) du protagoniste principal (Joël Gretsch, pour ne pas le nommer, qui était aussi incontournable à l’époque qu’il est invisible maintenant) avait disparu et son fils (ou son neveu, je ne suis toujours pas sûr et je n’ai décidément pas envie d’aller vérifier) était dans le coma depuis.

On suivait alors la série avec, comme point de vue initial, ceux qui étaient restés.

Premier changement donc, car dans cette version 2021 c’est le point de vue des disparus qui est adopté… Et cette inversion paye ! Elle fait que l’on ne regarde plus seulement un mystère : elle donne au show un sentiment d’urgence et expose efficacement la pleine mesure de la confusion ressentie par ces gens qui font l’expérience d’un arrêt brutal de tout ce qui faisait leur vie.

Flashbacks et lente découverte de leurs nouveaux dons sont également au programme de ce qui semble se dessiner comme une exploration de personnages : tout le monde essaye de donner un sens à ce qui est arrivé et quand certains y voient l’opportunité de matérialiser leurs illusions de grandeur, d’autres essayent juste de reprendre leur existence là où ils l’ont laissée.

C’est principalement pour cette raison (la promesse d’une mise en abyme des protagonistes) que je continuerais de regarder les ‘4400’ ! Et si, d’aventure, ce portrait est une réussite ; on pourrait alors bien se retrouver face à une toute bonne série de SF (qui s’impose décidément comme LE genre en vogue en cette année 2021…)



En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0039 : d'un goût à l'autre

 



Salutations,


Bienvenue à Hollywood !

Nous suivons ici Lisa Nova, une jeune femme comme il en existe des dizaines de millions : avant longtemps, elle va faire confiance à une enflure.
Pas exactement nouveau...
Un peu de la même manière, « Brand new cherry flavor » a d’abord l’air du même show qu’on a mille fois goûté.
Mais ne nous emballons pas, comme je le laissais entendre, la série se déroule à ‘Hollywood’...Et, là-bas, tout est trompeur... surtout les apparences !
Lisa va donc se faire rouler par un producteur, un ‘has-been’ en devenir qui cherche de plus en plus désespérément un moyen de retrouver son lustre d’autant. Aussi, quand une nouvelle opportunité se présente sous la forme d’une jolie aspirante réalisatrice, il n’hésite pas à la prendre sous son aile en lui promettant monts et merveilles.
Un homme qui aide une jolie femme sans autre motif que de l’aider est une denrée rare, voire un mythe ; et Lisa apprend à ses dépens que ce cliché n’en est pas un par hasard (et à fortiori dans le monde du cinéma) : ses droits artistiques sur son court-métrage sont compromis quand il devient clair qu’elle ne se laissera pas passer à la casserole par son mécène.
L’enflure mérite donc une bonne leçon...Et il va la recevoir... Mais comment s’y prendre ?
 
Voilà pour l’incipit, mais que cache cette lecture plate du commencement de cette histoire ?
 
Dès les premiers instants, au-delà de sa relative naïveté, il apparaît clair que la miss est à part. Ce qui amène d’ailleurs quelques personnes aux mœurs étranges à lui vouer un intérêt malsain. Ces apparitions sont à la fois intrigantes et agaçantes : on nous tease un peu lourdement, tantôt de manière maladroite (elle est suivie par l’inévitable gars à moto qui reste dans l’ombre), tantôt de manière clichée (elle se fait accoster par la folle de service qui lui explique qu’elle peut ‘faire du mal à ceux qu’elle souhaite’) ; que cette fille un peu niaise sous ses grands airs de ‘no-nonsense, no bullshit’ recèle quelque chose de spécial.
Et vous venez, sans vous en rendre compte, de lire la seule critique que j’ai à formuler sur cet épisode...
Elle n’est pas d’une violence rare, vous en conviendrez...
Car s’il ne fait aucun doute que la série prend son temps pour amener sur le devant de la scène ce qui fera son sel, il est tout aussi certain que le jeu en vaut la chandelle : on finit par basculer complètement ailleurs, loin (très loin) des préoccupations finalement triviales d’une réalisatrice en quête de sa chance.
On finit dans le bizarre et l’inquiétant, dans le glauque et le mystérieux ; avant qu’on ne s’en rende compte, on est dans un monde qu’on va avoir du mal à quitter, qui exige qu’on continue à le découvrir...malgré l’angoisse et la répugnance, malgré la peur et le malaise, on sait qu’on va rester.
Je me rends compte que c’est à mon tour de faire de l’aguichage maladroit, mais en toute honnêteté, on a ici affaire à un animal bizarre qu’il vaut mieux apprivoiser soi-même.
 
De toutes manières, « Brand new cherry flavor » a plus à donner qu’un univers biscornu !
Tout d’abord, un premier rôle impeccable de bout en bout !
Je vais essayer de modérer mon admiration... Ou pas, car Rosa Salazar (Lisa Nova donc) passe d’un bout à l’autre d’un spectre émotionnel aux allures de grand écart avec une intensité dans son regard noir tout bonnement magnétique. Elle est un point d’ancrage sans faille, nous guidant de plus en plus profondément dans ce qu’on peut difficilement éviter de décrire un peu sempiternellement comme le terrier du lapin.
Voilà, je vais m’arrêter là, je crois que c’est clair : je l’ai trouvé parfaite dans un rôle qui tient du numéro d’équilibriste.
Mais le reste du casting est au diapason : Catherine Keener et Eric Lange font le job avec assurance et juste ce qu’il faut de folie pour garantir une immersion sans faille !
(Et juste parce que ça fait quand même toujours bizarre de l’entendre parler, je vais aussi mentionner qu’on peut y voir Manny Jacinto, l’hilarant ‘Jason Mendoza’ dans l’excellent ‘The good place’)
 
Ensuite (et surtout), comment ne pas mentionner la manière dont l’histoire se dévoile en exploitant les faux-semblants. Rappelez- vous, on est à Hollywood, et la série se sert de ce fait pour nous garder dans un état de doute perpétuel sur ce que l’on voit.
Chaque personnage joue sur sa dualité, exhibant des attitudes dont on ne peut jamais être sûr qu’elles ne soient pas un rôle joué dans le seul but d’atteindre un objectif.
L’enflure/producteur nous rappelle sans cesse cette évidence : tout le monde est en quête de quelque chose en ce lieu où les apparences font office de réalité...Tout est faux et tout est vrai, la seule variable est ce qu’on cherche à obtenir.
De fait, rien ne semble jamais acquis dans ce foutraque jubilatoire : les gens ne sont pas ce que l’on croit, les échecs se transforment en succès (et vice-versa), le burlesque se mue souvent en horreur (là encore, l’inverse est tout aussi vrai),… J’en passe et des meilleures.
Heureusement, il y a un fil d’Ariane ; quelqu’un qui vit au premier degré tout ce qui lui arrive : c’est dans le personnage de Lisa que se trouve certainement la réponse aux nombreuses questions que l’on se pose en regardant cet exercice maitrisé.
Un autre personnage, celui de 'Boro' (qui, si on voulait persister à tracer un parallèle avec ‘Alice aux pays des merveilles’, tiendrait le rôle du lapin blanc), nous en informe d’ailleurs (en s’adressant à Lisa, mais elle pourrait tout aussi bien s’adresser à nous) :
" It’s going to be a little fucked up, but the good news is : it will only get as fucked up as you are…"

 
En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0037-38 : Battle Royale

Pré scriptum : Comment ? Oui, je vous pose la question : Comment éviter de parler de « Squid game » ?
Pas possible ?
Bon ok, puisque Mr Hollywood…
Attendez… Ça me fait penser… Mr Hollywood a certainement changé de nom ces dernières années : il se fait sans doute appeler ’Mr Streamy’ maintenant !
On reprend donc :
Puisque Mr Streamy a trouvé le moyen de tous nous forcer à considérer le ‘jeu du calamar’ comme un objet de curiosité, je ne vais pas vous laisser tomber ; je vais vous aider à répondre à la seule question qui mérite d’être posée : est-ce que « Squid game » vaut la peine d’être regardée ?
Pour se faire, je vous propose de rester dans le thème en organisant une ‘Battle Royale’ !

Aujourd’hui, dans mon salon, c’est :

« Squid game » VS « Alice in borderland » !!

Les deux séries partent exactement du même principe : des participants à un jeu tordu se font zigouiller s’ils ont la mauvaise idée de perdre…
Etant sorties à moins d’un un intervalle, ça me paraissait un juste retour des choses de les faire s’affronter dans un combat à mort !
J’ai donc regardé le premier épisode de mes deux concurrents et ma sentence sera irrévocable (comme dirait l’autre) : je n’en continuerai qu’une !





Salutations,



A tout seigneur, tout honneur !
« Squid game » est devenu la série la plus regardée de Netflix cette semaine : près de 111 millions de personnes ont visionné au moins un bout de la série au cours de ses 17 premiers jours de disponibilité ! Oui madame, rien que ça !
(Au passage, je précise qu’elle a détrôné la série « Bridgerton » dont l’histoire tient en une question existentielle : « comment le personnage joué par Regé Jean-François (ou peu importe son nom…) en est venu à inventer la contraception pour homme ? »)

C’est donc avec ‘SG’ que je vais ouvrir le combat :
On suit les déboires de Seong Gi-hun dans un portrait qui ne s’embarrasse pas de nuances : cet homme est un raté dans tous les sens du terme.
Je l’ai déjà dit maintes fois (et je le redirai encore) : l’enjeu primaire pour moi quand je regarde une série, c’est de savoir si je peux m’accrocher aux personnages, développer une empathie pour eux qui me pousse à continuer de regarder l’histoire dont ils font l’objet.
C’était ma crainte principale avant d’appuyer sur ‘play’ et je dois dire qu’elle était largement infondée : qu’est-ce qu’il est attachant ce con !
Pas de problème, donc, de ce point de vue-là : quand il en retourne que notre parieur invétéré s’est mis dans des draps sur lesquels je n’oserais pas mettre le chien de mon pire ennemi, on ne manque pas d’envie de voir comment il va s’en sortir.
Le hic, c’est qu’on n’a pas vraiment le temps de s’en faire pour notre couillon de service.
Il est enlevé, et alors qu’on devrait commencer à baliser ; on comprend tout, tout de suite : bien sûr qu’il est prisonnier et, évidemment qu’il va devoir ‘jouer’ ! On sait 10 minutes avant lui ce qui l’attend et ça ne me dit rien qui vaille !
Bon, ce n’est pas encourageant, mais je m’accroche : cette série n’a certainement pas été regardée 111 millions de fois pour si peu !
Il doit y avoir quelque chose dans cette histoire de tellement dingue, de tellement profond que je suis sur le point d’avoir un retournement de nouille presque transcendantal !
Mais c’est là que le proverbial bât a blessé : j’ai eu beau essayer, j’ai eu du mal à voir quelque chose de transcendantal dans cette série qui m’a semblé plus préoccupée à passer en revue sa série de ‘check point’ qu’à raconter une histoire :



-Esthétique pop immédiatement reconnaissable (et future ‘it’ costume pour halloween) : check !

-Détournement de jeu enfantin pour créer un décalage malsain : check !

-Ralenti systématique à grand renfort d’hémoglobine : check !

-Personnage masqué bien glauque et drapé de mystère qui semble se délecter du spectacle : check !

-Un ensemble de personnages dont le profil (entre autres : une bonne poire qui veut revoir sa fille, un intello à lunettes qui va trouver les failles, une nana badass au passé trouble, un criminel prêt à tout pour partir et un petit vieux qui n’a plus rien à perdre) sont autant de clichés taillés au millimètre pour que les trahisons les uns envers les autres soient tantôt tragiques, tantôt jouissives mais rendues inévitables par la survie…(check !)


Bon, je pousse un peu. Soyons de bon compte : cette petite liste fait le taf et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre pourquoi la série fait un tel buzz.
On a donc un personnage sympathique et une série de check-points pour trend rapide qui a valeur de cahier des charges réussi : cela donne un show divertissant… Mais est-il pour autant indispensable à regarder ?
Vous l’aurez deviné (ou pas), pour moi, la réponse est non.
Car je n’ai pas mentionné « Battle royale » dans le titre juste parce que ça faisait cool : cela fait maintenant presque 20 ans que le film est sorti en Europe et, depuis cet objet culte (que je vous conseille) a été l’inspiration de nombreux ouvrages visuels.
Ce n’est pas un problème en soi que ‘SG’ l’expose aussi ostentatoirement comme partie fondatrice de son ADN mais pour qu’une série qui revisite les thèmes développés dans son œuvre séminale en vaille réellement la peine, il faut qu’elle soit une valeur ajoutée au propos, qu’elle en fasse une relecture pertinente, moderne ou un tant soit peu subversive.
La conclusion s’impose d’elle-même : non seulement je ne pense pas que ce soit le cas, mais qui plus est ; je doute fortement que la suite, au-delà de tous les rebondissements et de l’horreur qui sont à coup sûr au programme, puissent me faire changer d’avis.
Seule la perte inévitable de l’innocence de ce brave Seong Gi-hun et le fait d’être témoin de sa mue, probablement à la toute fin de la saison, me semble modérément intéressante… Cela pourrait me pousser à la curiosité, mais ça dépendra de facteurs complètement extérieurs à la série (à savoir : si j’ai du temps à perdre !)

Voilà pour « Squid game »…Voyons si son adversaire du jour se débrouille mieux :



En démarrant « Alice in borderland », difficile de ne pas constater qu’on est également parti sur des clichés faciles : le gamer sans notion d’avenir, la petite frappe aimant à problème et le fonctionnaire en train de mourir d’ennui.
Mais ce sentiment ne perdure pas : une scène sans paroles de 30 secondes vaut parfois une exposition de 15 minutes et c’est le cas ici : l’installation se fait rapidement, à l’aide de quelques scènes bien calibrées, presque belles ; on devine la profonde amitié de nos 3 comparses avant que tout bascule.
Cette faculté d’évoquer du ressenti rien que sur le visuel me laisse une meilleure impression ! Et elle continue de s’affirmer quand le mystérieux évènement initiateur de l’histoire se produit: le moment de silence presque total alors que nos anti-héros découvrent qu’ils semblent tout à coup être complètement seuls dans leur mégapole est plus parlant que beaucoup de longs discours.
Reste à voir où cela mène… Ou pas en fait car, ici, le mystère prédomine ! On ne comprend pas tout de suite ce qui se passe et ça aide grandement à l’immersion : on est aussi confus que les personnages, on découvre leur condition en même temps qu’eux.
Pas pressé d’en venir au fait, la série prend le temps d’ancrer les protagonistes dans leur nouvel environnement. On les voit revisiter leurs anciennes vies tels des fantômes, et on n’est pas très sûr de savoir s’ils sont seuls ou invisibles ; là encore, le visuel laisse la place à l’exposition au lieu d’un quelconque dialogue ! Cette série comprend décidément son potentiel dramatique, elle ne ressent pas le besoin de s’appuyer sur des artifices trop lourds (par exemple, mais au hasard hein ! Des costumes au visuel claquant…) et c’est salutaire, car on reste au fond sur une histoire déjà vue et revue.
Mais quelle histoire en fait ?
La survie pardi !
Ici pas de méchant masqué qui observe avec son whisky 50 ans d’âge (pas dans ce premier épisode du moins), tout se fait de manière impersonnelle, à travers des écrans.
Ils représentent une présence écrasante, omnisciente. Ils sont partout, tout le temps ; ils sont une ligne de vie et le vecteur de l’angoisse. La menace qu’ils incarnent reste donc diffuse et cela renforce la confusion : au-delà des évidences (les enjeux de survivance ou de trépas immédiat) impossible de comprendre ce qu’il se passe réellement, et encore moins qui ou quoi se cache derrière ce cauchemar.
Mieux encore, le timer qu’ils exhibent infuse une bonne tension, on est ici dans une sorte de « Cube » (1997…ça date pas d’hier non plus ! mais coup d’essai, coup de maître pour Vincenzo Natali) sous stéroïde et cela fonctionne du tonnerre !
Tout ceci étant dit, on reste bien évidemment sur les mêmes dilemmes éculés : « oooh mon humanité m’empêche de faire ce que je dois faire pour survivre… » *5 minutes plus tard* « …RAF, t’as qu’à crever, bâtard ! »
Et, au final, restons honnêtes : cette série, pas plus que la précédente, n’a, je pense, le potentiel d’apporter une relecture du genre.

Mais il y avait match, et je dois décider du vainqueur…

Le doute ne devrait pas vous être permis en arrivant à ce stade (je profite de l’opportunité pour m’excuser de la longueur de ce billet) : j’ai été plus convaincu par la deuxième variation du thème ! (Sans, pour autant, être réellement conquis...)
Reste donc à voir si « Alice in borderland » peut tenir les promesses qu’elle fait!
L’espoir est permis : la fin tease (on reste dans la suggestion) qu’on est dans une histoire plus large, semblant indiquer que le show en a gardé sous la pédale.
Néanmoins, je dois convenir que le style est fragile, et l’ensemble peut tout à fait s’écrouler comme un château de cartes au moindre effet de manche trop facile.
Mais, ici, point de prédiction facile ! Pour connaître la suite, une seule solution :
Continuer à regarder !


En vous remerciant, bonsoir !