criTiQue 0049 : c'est mathématique








Salutations,



Une fois n’est pas coutume, on va commencer cette critique pour une petite expérience mentale.
Ne vous inquiétez pas, ça ne fera pas mal !
Prêt ?

Alors voilà, il faut vous imaginer en train de vous promener…Il fait beau, tout va bien, quand, tout à coup, vous tombez sur une ancienne connaissance…
Au départ, vous êtes content, vous êtes en mode ‘Patrick Bruel’ : « T’as pas changé ! Qu’est-ce que tu deviens ? Tu t’es marié, t’as trois gamins ! »
Nostalgie, quand tu nous tiens…
Pourtant plus la conversation traine en longueur, plus vous avez du mal à vous rappeler comment vous avez pu trainer si longtemps avec cette personne…
Vous ne savez pas très bien si c’est vous ou votre interlocuteur qui a changé, mais peu vous importe, vous n’avez plus qu’une idée en tête : il faut que cette conversation gênante se termine le plus vite possible !

Si ça vous est déjà arrivé, ou si vous avez l’imagination assez agile pour vous mettre en situation ; alors vous comprendrez sans problème ce que j’ai ressenti en regardant ‘The cleaning lady’ !
« Aaah cette bonne vieille ‘network’ tv !
Comme cela faisait longtemps que je t’avais regardée ! De te revoir, là comme ça, ça me rappelle le bon vieux temps… »
Ça, c’est ce que je me suis dit au début de l’épisode…
Et si vous avez bien réalisé l’expérience mentale, vous comprendrez comment je me sentais à la fin…
Là, vous me dites: « c’est bien beau ton histoire, mais c’est quoi la ‘network tv’ ??? »
Votre question est légitime et je m’en vais donc vous expliquer :

Si je voulais grossir le trait, je dirais que ce sont les séries tv produites par les pendants américains de ‘TF1’, ‘France 2’, ‘La Une’ et consort.
Et qu’elle est la différence avec les autres ? Avec leurs demi-sœurs produites par les chaines câblées (les pendants américains de ‘Canal +’, par exemple, ‘HBO’, Showtime ou ‘Starz’) ou leurs cousines streaming (‘Netflix’, ‘Prime’ ou ‘Apple TV+’) ?
Là encore, si je voulais schématiser, je répondrais un peu platement : la liberté !
Mais de quelle liberté tu parles ?
De la liberté de faire ce que tu veux, Jean-Pierre !
Tu veux faire un épisode de 1h12 suivi d’un épisode de 53 minutes ?
Pas de problème !
Tu veux que ton personnage puisse fumer comme un pompier ?
Si ça te chante !
Tu veux montrer que ton héros est un homme avec un grand ‘H’ à grand renfort de gros plans sur ce qui se cache dans le string de toutes ces femmes qui sont bien évidemment incapables de lui résister ?
Fais-toi plaisir !
Une fois que tu as reçu leur ‘feux vert’, tu peux faire tout ce dont tu rêves la nuit avec les demi-sœurs câblées et les cousines streaming de la network tv !

Et sans coupure pub !

Tout ça pour dire que j’avais presque oublié ce que ça faisait de regarder une série si manifestement soumise à des formules toutes faites.
Comme souvent, le mot exact que j’aurais voulu utiliser est anglais : « formulaic » ; et après réflexion, puisque que je ne peux décemment pas utiliser ‘formulaïque’, j’ai remplacé par trois mots ! (toute l’efficacité de la langue française)
Bon, c’est bien joli d’ergoter sur la sémantique, mais finalement, de quoi parle-t-on ? Qui est donc cette titulaire ‘cleaning lady’ ?

C’est l’histoire de Thony De La Rosa, médecin philippine vivant illégalement aux Etats-Unis.
Elle crèche aux States sans permission car son fiston est gravement malade : il a besoin de soins pour sa moelle dont l’accès est aussi difficile que couteux.
Ne pouvant exercer sa profession sans permis de séjour, elle joint les deux bouts en travaillant dans une société de service de nettoyage.
Tout bascule pour elle quand, un soir, elle est témoin d’un meurtre…Sur le point d’être exécutée, elle propose de débarrasser les lieux du méfait de toute trace d’homicide.
Elle devient alors « the cleaning lady » attitrée d’un cartel de crime organisé.

Comme vous le lisez, on ne s’est clairement pas embarrassé du souci de vraisemblance sur ce coup-là…On est encore sur un des marqueurs de la ‘network tv’ : les prémices WTF… Pour ne citer qu’un exemple, à peu près tout et n’importe qui est susceptible de devenir consultant à la police (y compris le diable en personne…)
Ici, comme souvent donc, il faut déjà arriver à passer au-dessus de l’absurdité de la chose pour tenter de passer un bon moment.
Néanmoins, ce n’est pas dans mes habitudes de me montrer fine bouche et je ne vais pas commencer maintenant : Elodie Yung (‘Elektra’ dans ‘Daredevil’) fait de l’excellent travail et le pilote était plaisant à regarder, complétant une à une les étapes qui sont censées fidéliser un publique.
La gageure n’est d’ailleurs pas négligeable : ce sont 22 épisodes (en moyenne) auxquels il faut trouver une audience pendant 1h ! (publicité comprise s’entend ; un épisode de ‘network tv’, c’est entre 42 et 45 minutes ! Pas plus, pas moins !)

C’est là que les fameuses formules toutes faites interviennent (attention la tête, on va faire un peu de math) :

A
(personnage doué mais lambda à qui il arrive une choses hors du commun) + B(Ce personnage a un trauma personnel) + C(des rebondissements inattendus ne cessent de se mettre en travers du personnage…c’est généralement là qu’intervient le ‘méchant’ de l’histoire) + D(des personnages secondaires décalés et/ou attachants aident le principal) = Y (d’une manière ou d’une autre, la résolution des problèmes du personnage se déroule dans le dernier acte)

Ce qui fait :
A+B+C+D=Y
Ça, c’est pour le premier épisode.

Vous pouvez ensuite appliquer :
B(on étoffe le trauma du personnage) + C(les rebondissements) + D(les personnages secondaires font toujours une apparition) + E(les enjeux auxquels le personnage fait face augmentent graduellement jusqu’au ‘Season Finale’) = Y(excepté les rares épisodes en deux parties, on arrive invariablement à la résolution des problèmes)
Copier- coller maintenant cette formule (B+C+D+E=Y) sur autant d’épisodes qu’on vous a commandé 
(n) et ce jusqu’au dernier de l’année où vous ajoutez simplement un twist final (T) pour jeter un pont vers la saison suivante (Z)
 
Ce qui donne donc : (
B+C+D+E)n+T=Z
Et voilà pour le dernier épisode.

Facile, non ?

Allez-y réfléchissez un peu, vous avez souvent vu ces formules toutes faites appliquées dans les séries que vous regardez sur ‘RTL-TVI’ ! (ou sur ‘M6’ si vous lisez depuis la France…)
Loin de moi l’idée de dire que ces séries sont mauvaises, elles sont souvent divertissantes ; et ‘The cleaning lady’ fait sans aucun doute le job.
Cependant, il va lui falloir quelque chose en plus pour s’élever au rang des grandes séries de ‘network tv’ (ce n’est pas un secret, en ce qui me concerne,
LOST est un sommet) : un facteur X !
Ce facteur qui donne un côté imprévisible aux formules toutes faites…

Vous voyez, c’est pas compliqué la ‘network tv’ : c’est mathématique !



En vous remerciant, bonsoir !



criTiQue 0048 : entre les lignes








Salutations,


On a beau dire ce qu’on veut sur son âge, on a parfois des moments suffisamment révélateurs pour nous confronter à la vérité : on ne rajeunit pas… 
Ne voyez pour autant aucune amertume dans le poncif, comme dirait Tyler Durden : « même La Joconde tombe en morceaux ! »
Mais le fait est qu’en y réfléchissant un peu, je me suis rendu compte que j’étais déjà adolescent au moment des faits relatés dans « Pam & Tommy »
Maintenant que vous avez cette information complètement inutile, je peux y aller !
 
Les nineties donc, encore…
Il faut que je m’y habitue : les glorieuses nonante sont la « IT » décennies du moment.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais, en ce qui me concerne, il ne faut plus tergiverser : on peut déclarer officiellement que les 90’s sont les nouvelles 70’s !
Pourquoi je dis ça ?
Rappelez-vous, il fut un temps, pas si lointain d’ailleurs ; le prisme thématique se concentrait plus souvent qu’à son tour sur la revisite des avancées sociétales initiées dans les années 70 ! (je sais, je devrais plutôt écrire fin 60 – début 70...ne chipotons pas, voulez-vous ?) 
Ça vous dit quelque chose ?
Non ?
Tant pis… Mais toujours est-il qu’on est clairement témoins d’un changement de paradigme : aujourd’hui, c’est sans équivoque la période qui a vu la genèse de l’ère numérique qui fait figure de marotte scénaristique.
Et après tout pourquoi pas ?
Difficile de nier que l’époque recèle des moments clés que le temps nous permet maintenant de regarder avec un recul intéressant.
De fait, alors que les années 80 semblent condamnées à être évoquées (dans le divertissement mainstream en tout cas) uniquement à travers un placement frénétique de totem culturel, la dernière décennie du siècle dernier paraît quant à elle promise à une analyse rigoureuse et approfondie… Sans oublier financièrement profitable bien sûr…
 
Bien conscient de ce potentiel, j’avais, je le confesse sans rougir, beaucoup de mal à trouver un intérêt à cette chronique dont on sait, dans les grandes lignes, comment les évènements se sont déroulés et comment ils se sont terminés.
Étant d’un naturel curieux (et Covid aidant…je n’avais que ça à faire !), j’ai tout de même décidé de voir s’il y avait quoi que ce soit d’intéressant entre les lignes !
Avant de continuer, je me dois aussi d’admettre que cette curiosité était en grande partie induite par le casting.
En effet, le choix me paraissait à la fois étonnant et intéressant tant dans le chef de Lily James que de Sébastian Stan (pour les moins fut-fut d’entre vous, respectivement Pamela Anderson et Tommy Lee) : j’avais laissé James aussi incandescente que touchante dans le rôle de Linda Radlett (« The pursuit of love » - 2021) quant à Stan, je le connaissais uniquement en Sergent Barnes (Le ‘winter soldier’/’white wolf’ du ‘Marvel Cinematic Universe’)…Autant dire que ni l’un, ni l’autre (même en admettant que c’est le propre d’un acteur/d’une actrice de disparaître derrière le personnage) ne me semblaient être une évidence dans ces rôles.
 
Bon, ceci étant dit, pas besoin de faire durer le suspense ; si j’écris cette critique, c’est parce que j’ai trouvé beaucoup de choses entre les lignes !
Car même si, de prime abord, « Pam & Tommy » a l’air d’une manière cheap d’aborder la décade ; il n’a fallu attendre que la fin de la toute première scène pour que je change d’avis en réalisant (un peu tard, il faut bien le dire, mais j’ai toujours été lent) que bien loin d’être creuse, la série est au contraire une belle opportunité d’explorer le balbutiement des errements qui gangrènent de manière toujours plus toxique le « World Wide Web » :
Invasion illégale de la vie privée, objectification pernicieuse de la femme, fascination malsaine pour le scandale, double standard sexiste entre les genres,… J’en passe et des pires.
 
Mais au-delà de cette promesse, la série a le bon goût d’élargir le cadre de son histoire pour y inclure le portrait tout en nuances de l’homme dont les actions ont ouvert la voie à l’utilisation du web dans une des fonctions qui restera la sienne pour les années à venir !
(Allez, que personne ne joue à l’innocent ! Internet, ça sert à trois choses : chercher sur Google™, aller sur les rézo sossio et mater du porno !)
Franchement, je m’attendais à beaucoup de choses en regardant « Pam & Tommy » mais pas que le premier épisode soit presque entièrement consacré à un menuisier au bout du rouleau aux prises avec un employeur tyrannique. (Bon, ok, je ne m’attendais pas non plus à voir Sebastian Stan parler avec un pénis animatronic dans l’épisode deux…mais bref !)
Sans chercher à justifier ses agissements, la série expose minutieusement les circonstances amenant ce col bleu (joué tout en retenue par Seth Rogen) à entrer en possession de la VHS la plus chaude bouillante du moment.

Cette attention particulière à fouiller ses personnages n’augure que du bon pour cette série qui, par les thèmes qu’elle promet d’explorer et à travers des interprétations impeccables, a tous les atouts pour être une des bonnes surprises de ce début d’année.



En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0047 : de deux choses Lune








Salutations,


En regardant ‘Kingdom’ (Dans la Corée du 16ème siècle, un mal mystérieux sévit : les morts reviennent à la vie…rien que ça…) en 2019, j’étais bien loin de me douter que ‘Netflix’ allait devenir ‘the place to be’ pour les productions coréennes. (Ou, plutôt, que les productions coréennes allaient devenir ‘the thing to watch’…mais bref)

Depuis, entre autres, ‘Dr Brain’, ‘Hellbound’ (tant que j’y suis, petite annonce : ‘Hellbound’ passera certainement sous les projecteurs de mon salon…) et l’inévitable ‘Squid game’ ont quasiment réussi à nous faire plus parler de la Corée du Sud que de l’autre ! (Merci Mr Streamy : le temps passant, on est de plus en plus comme mon chien sur le bord d’une route : rien de tel pour lui faire oublier la voiture contre laquelle elle aboie qu’une autre voiture qui roule dans le sens inverse).
Et ce n’est pas prêt de s’arrêter : en 2022, ce ne sont pas moins de 25 films ou séries coréennes qui vont arriver sur la plateforme de streaming !
‘The silent sea’ était donc tout autant dans mon radar que dans celui des autres centaines de millions d’abonnés ‘Netflix’ et, pour votre plus grand plaisir, je me suis enfin décidé à vous faire part de mon avis !

Imaginez la terre quasiment exsangue d’eau, presque complètement aride ; où l’on doit faire la file pendant des heures pour avoir une maigre ration de flotte… (Et si vous n’y arrivez pas, patientez encore quelques décennies, vous aurez peut-être une meilleure idée de ce dont je parle…) C’est le monde dans lequel les protagonistes de cette énième production nous venant de l’Est vivent et ça n’a pas l’air de rigoler tous les jours : ils en sont réduits à euthanasier les toutous ! (si madame ! c’est comme je vous le dis !) (Ceci étant dit, ils continuent à rouler en voiture, donc ça ne va pas si mal que ça…)
Dans pareille situation, quelques soient les causes du problème, l’humain a souvent tendance à se tourner vers les étoiles pour résoudre ledit problème et c’est naturellement ce qui a été tenté il y a 5 ans via une mission habitée sur la Lune.
Mais, vous l’avez vu venir, la mission a foiré !
Que s’est-il passé ?
Bin on sait pas !
Et comment qu’on va arranger ça ?
Bin en renvoyant une équipe de sauvetage !
Equipe qu’on va soigneusement préparer au challenge qui l’attend en lui donnant toutes les informations dont on dispose… (Qui, pour rappel, sont : aucune, et aucune…)
On ne voit pas comment tout ça pourrait mal tourner, n’est-ce pas ?

J’exagère légèrement, on leur explique quand même que, tant qu’ils sont là-bas tout là-haut sur la lune, ce serait sympa de rapporter des capsules contenant une « substance inconnue » (bin voyons).
Ils n’ont donc aucune idée de ce qu’ils vont trouver une fois qu’ils vont alunir et ils ne peuvent pas compter sur le seul gars qui est revenu de la mission précédente : il est quasiment neurasthénique.
Quant à nous, spectateurs avisés que nous sommes, on sait pertinemment où tout cela va mener : maladie mystérieuse…contagion…zombification…parasite extraterrestre…spores… On ne sait pas exactement quoi, mais le résultat est le même : la dernière chose à faire, c’est d’ouvrir la porte de ‘Balhae’ (la base lunaire avec laquelle on a perdu le contact)
On trouve un peu de tout de cette ‘agence tout risque’ ; dont ce qui semble être le quota obligatoire de personnages aussi loufoques que puérils dans les séries coréennes… Mais passons, après tout, the 'A-team' avait ‘Looping’…
Pilote, ingénieur, docteur,… donc du beau monde tout de même pour cette mission et on nous montre assez rapidement que le huis clos qui se profile ne sera pas triste : on identifie tout suite le leader prêt à tout pour réussir la mission, les questionneurs qui comprennent que la mission comporte trop de zones d’ombres et les rebelles qui ne peuvent s’empêcher de poursuivre leur propre objectif au détriment de la mission.
« L’astrobiologiste » de cette aventure (jouée par Donna Bae, clin d’œil aux fans de ‘Sense8’) fait partie de la dernière catégorie : elle est partie pour savoir ce qui est arrivé à sa sœur et n’en a que faire des mystérieux échantillons que son équipe est censé rapporter.

Voilà le décor planté…
Je pensais être devant un bon vieux suspense doublé d’un mystère dans un monde apocalyptique… Tout ça dans l’espace !
Pourtant ce n’est pas ce que j’ai vu…
Ce que j’ai regardé, c’est un crash de navette sans suspense suivi d’une randonnée lunaire sans mystère entrecoupé de flashbacks sans apocalypse… Bon, d’accord, ça se passait dans l’espace ; mais vous aurez compris, je n’ai pas été emballé pour autant !
J’aurais sincèrement voulu, mais j’ai passé plus de temps à questionner la pertinence de ce que je voyais qu’autre chose : à un moment, on perd carrément une plombe à les voir marcher sur la lune et la série essaye sérieusement de nous faire avaler qu’il y a un quelconque enjeu dans ce hiking sous oxygène… (Genre : ouuuuuh, ils vont peut-être ou pas en manquer !!!)
N’y avait-il pas un moyen plus captivant de les coincer sur notre satellite tout en faisant mourir la seule personne qui pouvait les rencarder que ce crash qui les force à faire une marche au clair de terre ?
Je pense que poser la question, c’est y répondre…
Car oui, spoiler alert, le seul survivant des évènements qui se sont déroulés sur ‘Balhae’ il y a un lustre meurt avant d’avoir eu une quelconque utilité…
Enfin, je ne suis pas de bon compte, rendons justice à ce personnage ! Il lâche un : « Eau…surtout pas eau ! » qui mérite de figurer dans les annales des avertissements les plus bidons de tous les temps !
J’aime bien en faire des tonnes, mais je vais m’arrêter là, je pense que c’est clair : je n’ai pas vraiment eu droit à un bon moment de télévision.

Bien sûr, les séries de streaming sont souvent pensées comme un long film et tout ce que je réclame d’une histoire avait largement le temps de s’installer au gré des épisodes… Mais je passe mon tour, traitez-moi de vieux de la vieille si ça vous chante, mais un premier épisode se doit de remplir sa fonction d’introduction (des personnages comme de l’intrigue) de manière efficace et ambitieuse ! (« Yellowjackets », histoire d’utiliser l’exemple d’une série que j’ai regardée en 2022, est une excellente illustration de ce propos…)

Alors, de deux choses l’une :

Soit, le show prend un temps infini pour en arriver au fait (le deuxième épisode n’a rien fait pour corriger cette impression) et c’est pour moi un ‘dealbreaker’ ; soit c’est tout simplement mauvais et je n’ai même pas besoin de vous donner la conclusion que j’en tire.


En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0046 : on devient ce qu'on mange

 







Salutations,


Je reviens avec de la grosse news pour ce début 2022 :
On a retrouvé Juliette Lewis !
Ce nom n’évoque sans doute pas grand-chose à tous ceux qui n’ont pas vécu leur adolescence pendant la dernière décennie du 20ème siècle, néanmoins, jugez plutôt : entre « les nerfs à vif » (Scorsese), « Gilbert Grape » (Hallström), « Tueurs nés » (Stone), « Strange Days » (Bigelow) et « Une nuit en enfer » (Rodriguez) ; je pense qu’on a conféré le statut de « culte » pour bien moins que ça !
Aaaaaah les glorieuses « nonante »….
Impossible d’y échapper ! Les années 90 sont tendance pour le moment, que ça vous plaise ou non ! D’ailleurs, en entendant « Hole » pour la énième fois, je me suis dit deux choses :

1) Je ne croyais pas que c’était possible, pourtant voilà : les références aux ‘nineties’ commencent à me gaver…
2) Je suis heureux pour Cobain : dans un juste retour des choses, sa femme est devenue encore plus cliché que lui pour illustrer la période…c’est toujours ça de pris…

Cependant ces considérations nous éloignent du sujet !
Sujet qui, au demeurant, n’est pas vraiment Juliette Lewis ; mais bien la série dans laquelle on l’a retrouvée : « Yellowjackets »

Et là vous vous dites : « Quoi ? Ça parle vêtement maintenant ici ? »
Bin non ! On va parler cuisine et football en fait !
En effet, on suit ici un groupe de jeunes filles qui se rend au championnat national de « Soccer » ; suite à un accident d’avion (attention, comme ‘Kal-El’ dirait, statistiquement parlant; cela reste toujours la manière la plus sûre de voyager !) elles sont obligées de changer de régime alimentaire…

Bon, en gros, ce résumé est correct, mais c’est bien entendu un peu plus subtil (et glauque) que ça.

Effectivement, à l’aide d’aller-retours du présent vers le passé, on nous présente une équipe de foot féminine qui semblait avoir tout pour réussir. L’histoire s’ouvre sur une journaliste qui, 25 ans après les faits, tente de comprendre ce qui est arrivé à ces collégiennes.

Et nous aussi d’ailleurs !

Rapidement on comprend que…quelque chose…s’est passé pendant ces longs mois où elles ont été livrées à elles-mêmes ; nonobstant, la journaliste n’obtient aucune réponse de ces survivantes bien décidées à laisser peu importe ce qui s’est passé derrière elles….
Quant au spectateur, il reçoit par à-coup des notions perturbantes de la vie qu’elles ont vécues pendant ces 19 mois qui ont manifestement fait ressortir les pires instincts chez certaines d’entre-elles !
C’est même le moins que l’on puisse dire : ces flashs rapides post-crash, entre « sa majesté des mouches » et « apocalypto » (alors que les passages avant le crash font plutôt penser à « Euphoria »), laissent même carrément présager un retour à l’état sauvage aussi sordide qu’intriguant.
Franchement... Ces jeunes ! Faut toujours qu'ils en fassent une tonne ! Que tu crèves de faim au point d’en venir au cannibalisme, passe encore ! Mais de là à t’habiller en peau de bête et traquer tes congénères pour les bouffer dans une sorte de rituel païen ; il y a tout de même des limites à ne pas franchir !

Plus sérieusement, ce qui est intéressant, c’est que cela donne une intrigue à trois niveaux (pour ceux qui ne suivent pas : avant le crash, les 19 mois de survie et leur vie après leur sauvetage) et chacune se nourrit (si vous me passez l’expression) de l’autre, donne un relief fascinant aux actions et aux paroles des protagonistes… Relief qui, idéalement, ne fera que prendre du volume jusqu’à en devenir vertigineux…
Car, s’il faut bien convenir que cette situation de décompensation psychique est presque hypnotique tant elle est extrême ; il est impératif de passer au-delà : pour que cette chronique soit aussi magnétique que tragique, il faudra bien que l’on s’attache aux personnages !
Mission accomplie ?
Globalement, oui Jean-Pierre !
Si on n’est pas irrémédiablement lié à ces footballeuses après la première heure, on est en tout cas suffisamment immergé dans leur vie (ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue) pour avoir la curiosité de continuer.

A ce propos, je ne peux que remarquer la justesse du casting de la version ‘jeune’ des personnages ! Chacune des actrices brille de subtilité et cela contribue grandement à l’envie de poursuivre cette série qui fait tout de même figure d’épouvantail dans le paysage formaté des productions récentes.
Et tant que j’y suis, puisque j’ai ouvert cette critique par un ‘qu’est-elle devenue ?’, je vais également la refermer comme cela…
Car le show est aussi l’occasion de retrouver Christina Ricci qui semble promise à un rôle captivant dans une histoire qui promet de l’être tout autant !



En vous remerciant, bonsoir !

criTiQue 0045 : la messe est dite

 





Salutations,


Les raisons sont souvent un peu prosaïques, mais Il y a des gens comme ça qui vous énervent.
Prenez Mike Flanagan.
Perso, un type qui a assez de temps, d’inspiration et de talent pour écrire, réaliser, produire et éditer 3 séries en 3 ans (+ 2 films) ; je sais pas pour vous, mais pour moi qui ai à peine le temps de maintenir un blog, ça me prend carrément à rebrousse-poil !
 
Maintenant que j’ai terminé de vous forcer à être témoin de mon courroux somme toute injustifié, nous pouvons commencer :
 
Je disais donc que notre homme revient chaque année... Un peu comme le Beaujolais... Et son cru 2021 se nomme « Midnight mass ».
Et comme la vinasse que tout le monde aime détester (ou que tout le monde déteste aimer, c’est selon) on retrouve souvent les mêmes associations dans les créations de Mr Flanagan : une maison ‘hantée’, une famille avec des démons (souvent littéralement) et tout un tas de ‘jump scares’.
Comme de juste, la famille avec ses démons (j’ignore à ce moment si je dois l’utiliser littéralement) est encore de la partie cette année, néanmoins, c’est carrément tout un village qui semble être ‘hanté’ !
Bon, autant arrêter les frais : je ne vais pas pouvoir garder cette atmosphère de dédain plus longtemps...
La raison ? Ça ne serait tout simplement pas chrétien de ma part (et ceux qui me connaisse savent à quel point je m’efforce de refléter les valeurs de la chrétienté) de ne pas rendre justice au travail du showrunner qui a réussi ce que peu réussissent : trouver un équilibre parfait entre l’intime et l’épouvante.
Pour être tout à fait de bon compte, Flanagan essaie toujours de le faire, mais son succès est ici, à mon sens, total.
Comment a-t-il réussi ce miracle ?
C’est simple : il laisse ses personnages vivre leur vie !
Et là, vous vous dites certainement : « cette fois, c’est sûr, il a craqué son slip ! »
Laissez-moi vous rassurer, mon slip va bien ! 
Ce que je veux dire par là, c’est qu’on n’a, à aucun moment, l’impression que notre scénariste/réalisateur/éditeur/producteur (ou ‘SREP’) suit un cahier des charges.
Vous l’aurez remarqué (ou pas), c’est une expression que j’utilise quelques fois parce que je la trouve particulièrement adéquate pour une série : une histoire que doit se distiller dans un nombre donné d’étapes... Il faut vraiment avoir un plan à la ‘Hannibal Smith’ pour que ça marche ! MAIS (parce qu’il y a bien sûr un ‘mais’) la vraie magie, c’est quand on ne voit pas le truc, c’est quand les fils sont invisibles ; autrement dit, quand on ne voit pas trop facilement où les scénaristes cherchent à nous emmener scène après scène.
Voilà ce que le ‘SREP’ nous offre : un tour de magie, ni plus ni moins, Jean-Pierre !
Je sens que c’est toujours pas clair pour vous alors je vais arrêter mes âneries 3 minutes pour vous expliquer clairement.
Au lieu de sans cesse placer ses personnages en position pour recevoir leur dose de frayeur dans une surenchère vide d’émotions, le ‘SREP’ nous propose d’abord et avant tout l’exploration d’une petite communauté (127 habitants) vivant sur une petite île et en particulier d’une famille, les Flynn.
La série s’ouvre alors que l’ainé, Riley, provoque un accident en état d’ébriété. Il est condamné à 4 ans de prison et n’a d’autre choix en sortant que de revenir sur l’île où vivent encore son père pêcheur, sa mère et son jeune frère.
Vous n’allez quand même pas venir me dire que tout ça à l’air terrifiant !?
Non, et vous aurez raison !
 
Noah Hawley, le génial créateur de ‘Legion’, l’expliquait de manière limpide en parlant de la série qu’il est en train d’écrire avec, pour cadre, les ‘Alien’ de Ridley Scott :
« Enlevons l’alien de la série. De quoi parle la série ? Quels sont les thèmes, qui sont les personnages et quelle est l’aventure humaine ? Ensuite, on ramène les extraterrestres et on se dit : ‘C’est génial. Non seulement, il y a un grand drame humain, mais il y a aussi des extraterrestres !’ »

Flanagan s’est donc posé la bonne question : si on enlève l’horreur d’une histoire d’horreur...Que reste-t-il ?
Et en réponse, il a élaboré une narration qui se dessine à travers les pathos familiaux et relationnels d’un bled où tout le monde connaît tout le monde pour mieux y introduire un mystérieux prêtre dont l’arrivée (et les phénomènes inexplicables qui suivent) bouleverse la vie de cette communauté dévote.
Servie dans cet écrin, l’épouvante prend un relief particulier ; elle se met au service d’une histoire où la surprise vient des émotions qui sont distillées au détour de scènes qui paraissent d’abord banales avant de se révéler d’une délicatesse aussi subtile que bouleversante.
Un peu à la manière dont le faisait Damon Lindelof dans ‘Leftovers’ (qui, coïncidence, baignait également dans un climat religieux), et comme je le disais lourdement un peu plus haut, le ‘SREP’ semble se contenter de laisser ses personnages respirer, leur autorisant ainsi des moments d’épiphanie presque écrasant de justesse... Mais l’angoisse n’est pourtant jamais loin, elle monte lentement dans un crescendo destiné à se terminer en apothéose...
 
Particulièrement pour cette série, je ne vais pas déroger à ma coutume et parler un peu du cast :
Flanagan rassemble certains de ses habitués et ils sont admirablement bien utilisés ! 
Kate Siegel (son épouse dans le civil) est bien entendu présente et compose un personnage qui, comme d’habitude, est tout en nuances ; alors que Henry Thomas (éternel ‘Elliot’ dans ‘ET’) est tout simplement méconnaissable en père désabusé par l’homicide involontaire commis par son fils.
Les fans de la dernière heure de ‘X-Files’ reconnaitront également Annabeth Gish tandis que ceux de ‘Battlestar Galactica’ pourront se réjouir de retrouver Michael Trucco dans le rôle du maire affable de cette petite ville.
Je pourrais en citer d’autres tant le casting fait un job impeccable (notamment Rahul Kohli et Samantha Sloyan...sans oublier la délicieuse Carla Gugino) mais je vais me concentrer sur les deux ‘MVP’ de la série :
Zach Gilford tout d’abord, particulièrement touchant dans le rôle du paria de retour de prison et Hamish Linklater (déjà excellent dans la série susmentionnée ‘Legion’) tout simplement magnétique dans le rôle d’un prêtre mystique.
 
Décidément, cette fin 2021 me réserve de bien belles surprises et c’est donc de ma quatrième série coup de cœur de cette automne de critique que je viens de vous parler !(les autres étant, je le rappelle: 'Heels', 'Brand new cherry flavor' et 'The wheel of time'
Un équilibre parfait entre émotion et mystère servi par des acteurs impeccables...N’en jetez plus, la messe est dite !


En vous remerciant, bonsoir !